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Sous le froid et la pluie, la survie quotidienne des sans-abri

Cet hiver, les vagues de froid et les intempéries aggravent une situation déjà critique pour les personnes vivant dans la rue. Si les actions institutionnelles et associatives se multiplient, elles peinent à répondre durablement à des besoins en constante augmentation.

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Cette année, l’hiver frappe plus durement que les précédents. Des températures particulièrement basses, des pluies persistantes et des intempéries répétées transforment la rue en un espace de survie permanente pour les personnes sans domicile. Dormir dehors ne relève plus seulement de la précarité : cela devient un danger immédiat. Le froid épuise les corps, fragilise les esprits et accélère des situations déjà critiques. Pour celles et ceux qui vivent sans abri, chaque nuit peut basculer. Cet hiver, plus encore que d’habitude, la rue tue à petit feu.



Face à cette urgence humaine, les réponses s’organisent tant bien que mal. L’Entraide nationale déploie, comme chaque hiver, des opérations d’assistance à destination des personnes vivant dans la rue : maraudes nocturnes, distribution de repas chauds et de couvertures, et orientation vers des centres d’accueil ou d’hébergement temporaire lorsque les conditions météorologiques deviennent extrêmes. Des actions indispensables, mais qui peinent à couvrir l’ampleur des besoins, notamment dans les grandes villes.

Sur le terrain, les associations restent en première ligne. Hind Laidi, présidente de l’Association Jood, dresse un constat alarmant de la situation vécue cet hiver par les personnes sans domicile.

«La situation est particulièrement préoccupante. Les vagues de froid accentuent brutalement la vulnérabilité des personnes vivant dans la rue, surtout celles déjà fragilisées par la maladie, l’âge ou l’isolement», explique-t-elle.

Selon elle, les effets du froid se font rapidement sentir. «Sur le terrain, nous constatons une fatigue extrême, une détérioration rapide de l’état de santé et une grande détresse psychologique. Le froid n’est pas seulement inconfortable, il devient un facteur de mise en danger immédiate.»

Lorsque les températures chutent, chaque nuit passée dehors peut devenir critique. Les priorités sont alors vitales : «se nourrir avec des repas chauds et réguliers, se protéger avec des couvertures et des vêtements adaptés, prévenir les risques sanitaires graves comme l’hypothermie ou les infections respiratoires», énumère Hind Laidi, soulignant aussi la nécessité de «trouver des solutions de mise à l’abri, même temporaires, pour les situations les plus critiques».

Cette période de grand froid s’accompagne d’une augmentation nette des demandes d’aide. «Les vagues de froid entraînent une hausse significative des sollicitations, y compris de personnes qui tentaient jusque-là de se débrouiller seules», observe la présidente de l’Association Jood. Les risques sont multiples : «Infections respiratoires sévères, aggravation de pathologies existantes, mais aussi une forte détresse psychologique pouvant mener à des situations de rupture ou de danger».

Pour répondre à cette urgence, l’association a renforcé son dispositif hivernal. «Nous avons mis en place des maraudes régulières avec distribution de repas chauds, de couvertures et de vêtements d’hiver, ainsi qu’une présence accrue sur le terrain dans plusieurs villes», explique Hind Laidi. Les personnes les plus vulnérables sont orientées vers des centres d’accueil ou d’hébergement lorsque des places sont disponibles, avec «un suivi humain et social, notamment pour les femmes, qui sont une priorité dans nos actions».

Mais malgré cette mobilisation, les limites sont rapidement atteintes. «Le manque de moyens humains et financiers limite inévitablement l’ampleur de nos actions», reconnaît-elle. Les difficultés sont nombreuses : «des besoins largement supérieurs aux ressources disponibles» et «un manque de solutions d’hébergement accessibles et suffisantes».

La coordination avec les autres acteurs reste essentielle, mais perfectible. «Nous travaillons en lien avec des acteurs locaux et, selon les situations, avec certaines autorités territoriales», précise-t-elle, tout en soulignant «l’absence de dispositifs partagés de suivi, de référencement des capacités d’accueil ou de communication en temps réel», qui limite l’efficacité collective.

Pour Hind Laidi, les dispositifs existants sont utiles, mais restent insuffisants face à l’ampleur et à la récurrence des vagues de froid. Elle plaide pour une meilleure coordination opérationnelle, le développement de refuges de proximité dans chaque grande ville, et un financement pérenne permettant d’anticiper l’hiver plutôt que d’agir uniquement dans l’urgence.

Car, insiste-t-elle en conclusion, «mieux protéger les personnes sans domicile en hiver nécessite une réponse collective, organisée et durable, à la hauteur de la réalité vécue sur le terrain».
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