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Examens semestriels : comment aider vos enfants à passer cette période sereinement ?

Alors que les examens du premier semestre ont débuté ce mardi 20 janvier, conformément au calendrier arrêté par le ministère de l’Éducation nationale, le stress scolaire s’impose dans de nombreux foyers. Pour les enfants et les adolescents, cette période dépasse largement le cadre académique : elle touche à l’estime de soi, au regard parental et à la peur de l’échec. À la lumière de l’analyse de Hajar Baroudi, psychologue clinicienne et psychothérapeute, comprendre les mécanismes de ce stress devient un levier essentiel pour accompagner les enfants sans fragiliser leur équilibre psychologique.

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Dans sa pratique clinique, Hajar Baroudi observe que l’examen dépasse largement le cadre scolaire, surtout dans la culture marocaine,la réussite académique reste fortement investie sur le plan symbolique et familial. « Pour beaucoup d’enfants, l’examen n’est pas vécu comme une vérification des acquis, mais comme un jugement global sur ce qu’ils sont », explique-t-elle. La note n’est plus un indicateur pédagogique, elle devient un verdict. Réussir, c’est être à la hauteur ; échouer, c’est risquer de décevoir, de perdre l’estime, voire l’amour symbolique des adultes de référence.

Cette angoisse de jugement s’installe très tôt, explique la psychologue, à travers l’intériorisation progressive des attentes parentales et scolaires. Exposé de manière répétée à des discours où la réussite occupe une place centrale, l’enfant finit par intégrer ces exigences et les transformer en règles internes rigides. « Il ne craint plus seulement l’échec scolaire, mais le fait de ne pas être à la hauteur de ce que l’on attend de lui », souligne la Clinicienne.

À l’adolescence, alors que l’identité est encore en construction, cette pression prend une ampleur particulière. La réussite scolaire ne renvoie plus uniquement à un objectif à atteindre, elle devient un indicateur de valeur personnelle. « Quand la note devient un critère d’existence, le Moi n’arrive plus à contenir l’angoisse », explique la psychologue. Le stress perd alors sa fonction mobilisatrice, envahit l’espace psychique, paralyse la pensée et finit par altérer les capacités cognitives.

Quand le stress devient un signal d’alerte et non plus une réaction normale

« Un certain niveau de stress avant un examen est normal ; Il témoigne de l’investissement de l’enfant et de son désir de bien faire ». Le problème commence lorsque ce stress déborde, s’installe et envahit le quotidien. « On parle de risque psychologique lorsque l’enfant ne parvient plus à symboliser son angoisse et que celle-ci s’exprime autrement », précise Hajar Baroudi.

Les signes sont souvent indirects ! Le corps parle à la place de l’enfant : troubles du sommeil persistants, maux de ventre récurrents, nausées, céphalées, fatigue inexpliquée. Sur le plan émotionnel, on observe une irritabilité accrue, des crises de larmes, un repli sur soi ou une perte soudaine de motivation. Sur le plan scolaire, certains enfants présentent une inhibition intellectuelle frappante : ils ont travaillé, connaissent leurs leçons, mais « le jour de l’examen, tout se bloque ». L’angoisse monopolise l’énergie psychique au détriment de la pensée.

Cette souffrance est souvent renforcée par une pression parentale involontaire. « Beaucoup de parents pensent encourager leur enfant, alors qu’ils transmettent en réalité une exigence implicite très lourde », observe la psychologue. Comparaisons, discours anxiogènes sur l’avenir, survalorisation des résultats ou réactions excessives face à l’échec contribuent à renforcer l’idée que la réussite conditionne la reconnaissance affective. L’enfant n’a alors plus besoin d’un regard extérieur sévère, « il devient lui-même son juge le plus implacable »,.

Ce que les parents peuvent faire pour aider sans fragiliser !

Face à cette réalité, Hajar Baroudi insiste sur un point central : le rôle des parents n’est pas de supprimer l’exigence, mais de contenir l’angoisse. « Aider un enfant pendant les examens, c’est avant tout soutenir son Moi », explique-t-elle. Cela implique, explique la spécialiste, de dissocier clairement la valeur de l’enfant de ses résultats scolaires. Une note ne dit rien de son intelligence, ni de son avenir, ni de ce qu’il est en tant que personne ; elle renvoie simplement à un moment précis, à un contexte donné, parfois à un état émotionnel qui a pesé sur ses capacités au moment de l’évaluation.

Concrètement, cela repose, explique-t-elle, sur des attitudes simples mais profondément structurantes : valoriser l’effort plutôt que la performance, reconnaître la difficulté sans la dramatiser, éviter les comparaisons et rappeler que l’erreur fait pleinement partie du processus d’apprentissage. « Un enfant qui se sent accepté, même lorsqu’il échoue, retrouve ses capacités de pensée », souligne la spécialiste.

Il s’agit également de reconnaître les émotions de l’enfant, sans les minimiser ni les amplifier. Dire « je vois que tu es stressé » est souvent bien plus apaisant que des phrases comme « ce n’est rien », « tu n’as pas le droit d’avoir peur » ou encore « les garçons ne pleurent pas ». Comme l’explique la spécialiste, lorsque l’émotion est reconnue, elle devient pensable. Et lorsque l’environnement familial joue ce rôle de contenant psychique, l’examen perd progressivement sa dimension menaçante pour redevenir une étape parmi d’autres, et non un verdict sur l’identité ou l’avenir.

Les enjeux sont considérables ! Un stress mal accompagné peut avoir des conséquences durables : perte de confiance en soi, relation anxieuse au savoir, perfectionnisme excessif ou évitement scolaire. À l’inverse, une approche sécurisante permet à l’enfant de construire un rapport plus sain à l’évaluation et à l’apprentissage.

Alors que les examens du premier semestre ont débuté, la question posée aux parents ne se limite plus à la réussite scolaire immédiate. Elle concerne avant tout l’attitude adoptée face à l’enfant, entre une pression excessive et un soutien réellement sécurisant. Comme le rappelle la psychologue, « accompagner un enfant pendant les examens, ce n’est pas le pousser à réussir à tout prix, mais lui offrir un cadre suffisamment stable pour qu’il puisse donner le meilleur de lui-même sans se sentir menacé dans ce qu’il est ». Un enjeu éducatif essentiel, mais surtout profondément humain.
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