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Jeudi 16 Avril 2026
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Tests de dépistage VIH : une pénurie de kits signalée, la continuité de la lutte en jeu

L’accès aux tests rapides de dépistage du VIH est signalé comme perturbé dans certaines structures de santé publique, selon des patients et des professionnels de santé. Sous couvert d’anonymat, plusieurs d’entre eux évoquent des difficultés ponctuelles d’approvisionnement et, partant, des reports de tests. Une situation qui intervient alors que le dépistage demeure un élément central de la stratégie nationale de lutte contre le VIH et un point d’entrée essentiel pour la continuité et l'efficacité de la prise en charge.

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«On nous a demandé de revenir plus tard, les tests n’étaient pas disponibles». Comme Malika, plusieurs citoyens nous ont contactés pour signaler des difficultés d’accès aux tests rapides de dépistage du VIH (virus de l’immunodéficience humaine) dans certaines structures de santé publique. Du côté des professionnels de la santé, le constat est similaire : plusieurs sources concordantes et dignes de foi évoquent des tensions d’approvisionnement dans certains établissements. Nous avons tenté de vérifier ces éléments auprès de l’Association de lutte contre le sida (ALCS) ainsi que du ministère de la Santé et de la protection sociale, mais sans réponse «officielle» à l’heure où nous mettions sous presse.
Si ces tensions se confirmaient, cela pourrait entraîner des retards dans l’accès au diagnostic, avec des répercussions potentielles sur la prise en charge précoce des patients. Cette situation interroge, plus largement, la capacité du système de santé à assurer la continuité de la riposte contre le VIH/sida, conformément aux engagements des Nations unies visant à mettre fin à l’épidémie d’ici 2030. Le dépistage du VIH constitue d’ailleurs un pilier central de la stratégie de lutte contre le virus. Il permet non seulement une orientation rapide vers le traitement, mais contribue également à limiter la transmission du virus.

Un système d’approvisionnement sous contraintes multiples

Au niveau local comme à l’échelle internationale, «ce type de situation est généralement lié à des retards d’approvisionnement, à des contraintes dans les procédures d’achat ou à des difficultés logistiques dans la distribution des tests», souligne un professionnel du secteur sous couvert d’anonymat. Dans certains cas, ajoute-t-il, des pics ponctuels de demande, des mécanismes de centralisation des commandes ou encore une dépendance à des circuits d’approvisionnement limités peuvent également contribuer à ces tensions. Une source proche du dossier apporte un éclairage complémentaire. Elle précise ainsi que l’approvisionnement en tests du VIH s’inscrit dans le cadre de marchés publics à plusieurs étapes, de l’acquisition à la distribution vers les structures de santé. Selon cette même source, «un appel d’offres aurait été lancé en octobre 2025, incluant notamment des lots de tests VIH».
À ce stade, «la procédure serait toujours en cours, ce qui pourrait expliquer certaines variations d’approvisionnement observées dans quelques établissements», souligne-t-on. La même source évoque la possibilité qu’une procédure de gré à gré ait été envisagée avec certaines entreprises pour la fourniture de tests, en vue d’une convention directe, sans que les résultats de l’appel d’offres n’aient été rendus publics à ce jour. Ces éléments restent toutefois des hypothèses, à ce stade, en l’absence de confirmation officielle. Par ailleurs, une autre source met également en avant la dépendance au marché international pour l’approvisionnement en tests, estimant qu’elle peut constituer un facteur à prendre en compte dans la lecture de la situation.
Dans ce contexte, la question de la souveraineté sanitaire est également soulevée par certains acteurs du secteur, notamment en matière de capacité de production et d’autonomie en dispositifs de dépistage. Sur ce volet, nous avons sollicité l’immunologiste Karim Zaher, fondateur du laboratoire Gigalab, qui avait annoncé il y a un an le développement d’un test rapide de dépistage du VIH conçu et fabriqué au Maroc. Le test est également distribué dans plusieurs pays africains, selon les informations communiquées par le laboratoire. Interrogé sur la disponibilité actuelle de ces tests, Karim Zaher indique que son laboratoire dispose de kits prêts à être déployés. S’agissant d’une éventuelle participation à l’appel d’offres évoqué, il n’a pas souhaité se prononcer sur la question.

Le dépistage, indispensable à la stratégie de lutte contre le VIH

Joint par «Le Matin», Dr Tayeb Hamdi, médecin chercheur en politiques et systèmes de santé, attire l’attention sur la nécessité de faire converger les efforts afin de préserver les acquis en matière de lutte contre le VIH. «Le Maroc a enregistré des avancées significatives dans la prise en charge du VIH, avec une prévalence relativement faible dans la population générale, mais plus élevée dans certains groupes spécifiques», souligne-t-il, précisant que la majorité des cas sont aujourd’hui diagnostiqués à un stade précoce. Il met toutefois en garde contre toute rupture dans la chaîne du dépistage, laquelle constitue la base de toute stratégie de lutte contre ce virus. «Sans tests disponibles et accessibles, c’est toute la riposte qui peut être fragilisée», avertit notre interlocuteur.
Dans ce contexte, Dr Hamdi rappelle que le VIH constitue un problème majeur de santé publique qui doit être dépisté le plus tôt possible, avant même l’apparition des symptômes. «Le VIH est une infection grave. Un diagnostic tardif expose le patient à des complications cliniques et socio-économiques importantes», met-il en garde. Le médecin tient à préciser que cette réalité s’inscrit dans un cadre mondial de riposte au VIH, et plus précisément des objectifs internationaux dits des «95-95-95», définis par le Programme commun des Nations unies sur le VIH/sida. Ils reposent sur trois étapes :

• 95% des personnes vivant avec le VIH doivent connaître leur statut, c’est-à-dire être dépistées.

• 95% des personnes diagnostiquées doivent être mises sous traitement antirétroviral.

• 95% des personnes sous traitement doivent avoir une charge virale indétectable, ce qui signifie que le virus est contrôlé et que le risque de transmission devient très faible.
«Ces objectifs visent in fine à réduire durablement la transmission du virus et à permettre de mettre fin au sida comme menace de santé publique à l’horizon 2030, conformément aux engagements internationaux», note Dr Hamdi. Au-delà des différents éléments évoqués, la disponibilité des tests de dépistage demeure un facteur déterminant de la réponse au VIH. Affaire à suivre.
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