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Samedi 20 Juin 2026
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Tout savoir sur le trouble anxieux généralisé

Stress, inquiétudes persistantes, troubles du sommeil, fatigue ou encore tensions physiques... Les manifestations de l’anxiété sont nombreuses et peuvent parfois passer inaperçues ou être attribuées à d’autres causes. Pourtant, lorsqu’ils deviennent envahissants et perturbent le quotidien, ces symptômes peuvent révéler un trouble anxieux généralisé. Souvent méconnu et pris en charge tardivement, ce trouble affecte profondément la qualité de vie et concerne un nombre croissant de personnes. Comment le reconnaître ? Quand faut-il consulter ? Quelles sont les solutions pour mieux le prendre en charge ? Réponses avec le Dr Issam Harti, psychiatre psychothérapeute.

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Tout savoir sur le trouble anxieux généralisé



Le Matin : Comment distinguer un stress passager d’un trouble anxieux généralisé ?

Dr Issam Harti :
Le stress est une réaction normale face à une pression identifiable : un examen, un conflit, une échéance professionnelle. Il est proportionnel à la situation, oriente vers la solution et diminue généralement lorsque la situation se résout. Le trouble anxieux généralisé (TAG), lui, est différent. L’inquiétude devient excessive, répétitive, difficile à contrôler, et touche plusieurs domaines de la vie : santé, travail, famille, argent, avenir. Ce n’est plus seulement «être stressé», c’est vivre avec un système d’alarme intérieur qui reste allumé en permanence. D’ailleurs, on parle de trouble lorsque cette anxiété dure, envahit le quotidien et perturbe le sommeil, la concentration, le corps ainsi que les relations. À ce sujet, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) rappelle que les troubles anxieux associent souvent inquiétude excessive, irritabilité, tensions corporelles, palpitations, troubles digestifs et troubles du sommeil.

Quels sont les signaux d’alerte du trouble anxieux généralisé que l’on a tendance à négliger ?

Les signes d’alerte du trouble anxieux généralisé sont souvent ignorés ou minimisés. Sur le plan physique, ils peuvent se manifester par des tensions musculaires chroniques, des troubles digestifs, une fatigue persistante, un sommeil non réparateur, une sensation de boule dans la gorge ou encore des maux de tête récurrents. Par ailleurs, un élément culturel important mérite d’être souligné : au Maroc, face à des symptômes physiques, beaucoup consultent d’abord des spécialistes médicaux, comme les cardiologues, les gastro-entérologues, les neurologues ou les pneumologues. Ce n’est souvent qu’après des bilans médicaux rassurants que l’on envisage une origine anxieuse ou psychologique, ce qui oriente ensuite vers un psychiatre ou un psychologue. Sur le plan psychologique, les signes d’alerte du TAG comprennent une anticipation constante du pire, un besoin excessif de contrôle, des ruminations incessantes, une irritabilité accrue et une difficulté à se détendre, même lorsque tout semble aller bien objectivement. Ce dernier symptôme est particulièrement révélateur. En effet, lorsqu’une personne n’arrive plus à se reposer réellement en l’absence de raison évidente de s’inquiéter, cela constitue un signal qui mérite une attention particulière.



L’anxiété généralisée est-elle aujourd’hui plus fréquente au Maroc, et quelles populations sont les plus touchées ?

Oui. Dans ma pratique clinique, j’observe une augmentation des demandes liées à l’anxiété. Cette tendance concerne particulièrement les jeunes adultes, les étudiants, les femmes, les personnes soumises à une forte pression professionnelle, les entrepreneurs, les soignants, ainsi que les personnes confrontées à une instabilité économique, familiale ou conjugale. La consultation reste parfois tardive parce que l’anxiété est banalisée. Beaucoup se disent : «Je dois être fort», «Ce n’est rien», «Ça va passer». D’autres craignent le jugement ou associent encore la consultation psychologique ou psychiatrique à la folie. Même si le tabou recule progressivement, il existe encore. Aujourd’hui, les jeunes générations parlent plus facilement de santé mentale, mais beaucoup de personnes continuent à consulter uniquement quand le corps lâche, quand le sommeil devient impossible ou quand la vie professionnelle et familiale est déjà très impactée. L’enjeu est donc de faire comprendre que consulter n’est pas un signe de faiblesse, mais une démarche permettant de comprendre sa souffrance, de la traiter et de reprendre le contrôle de sa vie intérieure.

Quelles sont aujourd’hui les approches thérapeutiques les plus efficaces pour prendre en charge l’anxiété généralisée ?

Le traitement du trouble anxieux généralisé associe principalement des psychothérapies validées et, si nécessaire, un traitement médicamenteux, en fonction de l’intensité et de l’impact des symptômes. Parmi les approches psychothérapeutiques, la plus étudiée et la mieux validée scientifiquement est la thérapie cognitive et comportementale (TCC). Elle vise à agir sur les mécanismes cognitifs et comportementaux qui entretiennent l’anxiété. Concrètement, le patient apprend à identifier ses pensées automatiques, à les questionner et à les remettre en perspective, puis à s’exposer progressivement aux situations qu’il tend à éviter. Dans cette même logique, des techniques complémentaires comme la relaxation, les exercices de respiration, l’activation comportementale ou encore les pratiques de pleine conscience peuvent contribuer à améliorer la régulation émotionnelle et à renforcer l’efficacité globale de cette psychothérapie. Parmi les autres approches validées, la thérapie d’acceptation et d’engagement (ACT) a montré des résultats intéressants. Elle aide notamment à réduire la tendance à éviter certaines pensées, émotions ou situations inconfortables, tout en favorisant l’engagement dans des actions en accord avec les valeurs personnelles.

De son côté, la schémathérapie peut également être proposée lorsque l’anxiété est ancienne et s’inscrit dans des schémas de fonctionnement plus profonds, souvent installés depuis l’enfance ou l’adolescence, tels que des sentiments d’abandon, de méfiance ou de dépendance. Concernant les médicaments, le traitement n’est pas systématique. Il n’est envisagé que lorsque le trouble anxieux généralisé est modéré à sévère, qu’il altère significativement la vie professionnelle ou relationnelle, qu’il s’accompagne d’une dépression ou d’autres troubles, ou encore lorsque la psychothérapie seule ne suffit pas. Les médecins prescrivent alors en première intention des antidépresseurs qui, contrairement aux idées reçues, ne sont pas réservés à la dépression et sont aussi efficaces dans l’anxiété chronique. En revanche, les anxiolytiques de type benzodiazépines, souvent recherchés pour leur effet rapide, doivent être utilisés avec prudence et sur une durée limitée. S’ils peuvent soulager temporairement les symptômes, ils ne traitent pas le trouble de fond et exposent, en cas d’usage prolongé, à un risque de dépendance ainsi qu’à des effets sur la mémoire et la concentration.

Quels gestes et habitudes permettent de prévenir ou de limiter l’installation de l’anxiété au quotidien ?

Améliorer son hygiène de vie constitue le premier levier de prévention. Cela recouvre des habitudes simples mais dont l’impact est réel : dormir suffisamment, pratiquer une activité physique régulière, limiter la caféine et l’alcool qui hyperactivent le système nerveux, et prendre soin de son entourage social. Un réseau de confiance, composé de la famille, d’amis ou de collègues bienveillants, est souvent l’un des meilleurs amortisseurs face à l’anxiété.

Au-delà des habitudes de vie, l’un des réflexes les plus utiles reste de savoir reconnaître les premiers signes avant qu’ils ne s’installent durablement : des inquiétudes persistantes qui débordent sur tous les domaines de la vie, des tensions physiques chroniques, une irritabilité inhabituelle ou un sommeil perturbé. Dans ce contexte, consulter tôt, sans attendre que le trouble devienne invalidant, change considérablement le pronostic.

Il faut cependant être honnête : certains facteurs de risque échappent à notre contrôle. Le tempérament anxieux, la génétique ou encore les événements difficiles traversés dans l’enfance jouent un rôle que les bonnes habitudes ne peuvent pas toujours compenser. La prévention n’est donc pas une garantie, mais elle reste un levier réel et souvent négligé.

Comment la famille et l’entourage peuvent-ils accompagner une personne souffrant d’anxiété généralisée ?

L’entourage joue un rôle essentiel. Il peut aider en écoutant sans juger, sans minimiser et sans dire «Arrête de penser» ou «Tu exagères». Ces phrases, même bien intentionnées, peuvent renforcer la honte. La bonne attitude consiste à reconnaître la souffrance, à encourager la consultation, à respecter le rythme de la personne et à valoriser les petits progrès. En revanche, la famille doit éviter de devenir le thérapeute ou de nourrir tous les évitements. Aider, ce n’est pas tout faire à la place de la personne ; c’est l’accompagner progressivement vers plus d’autonomie.
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