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L’emploi, une équation insoluble ?

Les faits : La question de l’emploi résiste jusqu’à aujourd’hui à toutes les stratégies et approches qui ont été expérimentées. Ni la croissance économique, ni la formation, ni les programmes actifs de promotion de l’emploi, ni encore l’intermédiation pour l’emploi ne permettent de résoudre d’une manière efficace l’équation.

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Une solution durable pour la question de l’emploi, ce n’est visiblement pas pour demain. Cette problématique continue à tarauder les pouvoirs publics et les différents gouvernements qui se sont succédé au Maroc ont expérimenté différentes stratégies et approches, mais le problème reste entier. Même la croissance économique ne change pas vraiment la donne. C’est ce que relève, d’ailleurs, le ministère de l’Economie et des finances qui affirme, dans le cadre du projet de loi de Finances 2014, que malgré tous les efforts qui ont été entrepris, le marché du travail au Maroc se caractérise par des déséquilibres persistants.
Pour expérimenter quelque chose de différent, le département de l’Emploi a déclenché un processus de concertation avec les différents acteurs économiques et sociaux partenaires, avec l’appui du Bureau international du travail. Objectif : élaborer une vision globale de la prise en charge de la problématique de l’emploi, dans le cadre d’une «véritable stratégie nationale de l’emploi, innovante et concertée». La stratégie envisagée devrait reposer, explique-t-on auprès de ce ministère, sur l’inséparabilité de l’emploi et de la formation et engager la réforme des systèmes d’éducation et de formation avec, pour parties prenantes, les entreprises et les pouvoirs publics. «Les plans sectoriels déjà adoptés, bases d’une politique cohérente d’industrialisation, constituent un socle de cette stratégie», note le ministère.

En attendant l’élaboration de cette stratégie et de voir ce qu’elle va donner, ni la croissance économique, ni la formation, ni les programmes actifs de promotion de l’emploi, ni l’intermédiation pour l’emploi ne permettent pour le moment de résoudre d’une manière efficace l’équation de l’emploi.
Ainsi, selon le ministère des Finances, la croissance économique pèche par un contenu insuffisant en emplois, notamment de qualité. En effet, explique-t-il, l’analyse de la relation entre la croissance et l’emploi au cours de la période 2002-2012 a fait ressortir un schéma volatile du contenu en emplois de la croissance économique. En moyenne, une augmentation de 2 points de la croissance économique s’est traduite par une hausse de 0,32 point de l’emploi. Ce ratio a même baissé entre 2008 et 2009, avec le déclenchement de la crise financière et économique internationale. Ce contenu est passé de 0,24 point en 2008 à 0,20 point en 2009 après avoir été de 0,35 sur la période 2000-2007. Au niveau sectoriel, les activités tertiaires et le secteur du BTP contribuent à eux seuls à près de 85% des emplois créés entre 2002 et 2012. Par ailleurs, le secteur privé est à l’origine de près de 90% des emplois créés.

S’agissant de la faible adéquation entre la formation et les besoins du marché du travail, le ministère souligne que celui-ci continue de souffrir de plusieurs insuffisances aussi bien au niveau structurel qu’au niveau fonctionnel. Le taux de chômage des jeunes diplômés demeure, en effet, élevé, traduisant l’inadéquation structurelle de certains diplômes aux exigences du marché du travail. La part du chômage de longue durée dans le volume global du chômage a augmenté en 2012 pour atteindre 65,3% au niveau national. En milieu urbain, cette part a atteint 70,3% contre 45,2%. La montée de la part de la formation professionnelle dans le marché du travail est également relevée. D’après le HCP, 44% des emplois créés entre 2005 et 2010 ont été occupés par les lauréats de la formation professionnelle. Cependant, un déséquilibre persiste entre les besoins sectoriels et le nombre de lauréats. Le marché du travail pâtit aussi de fortes disparités sociales et territoriales. Les jeunes rencontrent énormément de difficultés à entrer sur le marché du travail. De plus, leurs emplois sont précaires, moins payés que ceux des adultes, rarement régis par des contrats et donc exempts de protection sociale. De même, les jeunes diplômés notamment du supérieur sont contraints d’occuper des emplois inférieurs à leurs qualifications, «d’où une importante dévalorisation du capital humain et une perte des investissements dans l’éducation».

Programmes de promotion de l’emploi : Résultats contrastés

En ce qui concerne les programmes actifs de promotion de l’emploi, les pouvoirs publics ont adopté une politique active de lutte contre le chômage basée sur des programmes d’insertion spécifiques (Idmaj, Taehil et Moukawalati) aux différentes catégories de demandeurs d’emploi. Toutefois, ces programmes ont montré leurs limites. En effet, d’après le ministère des Finances, les données disponibles sur ces trois programmes font état de résultats contrastés. Près de 376.979 chercheurs d’emploi ont été insérés dans le cadre du programme Idmaj depuis le démarrage du programme en 2006 jusqu’à fin août 2013, dont près de 34.626 au cours des huit premiers mois de cette année. Le programme Taehil a permis, lui, la qualification de près de 101.537 chercheurs d’emploi entre 2007 et fin août 2013, dont 24.753 durant les huit premiers mois de l’année 2013, couvrant les différents types de formation, notamment la formation au profit des secteurs émergents (offshoring, aéronautique, automobile, électronique).

Le programme Moukawalati a permis, depuis son démarrage en 2007 jusqu’à fin août 2013, la création de 5.139 projets ayant généré près de 14.117 emplois. «Bien que ces programmes comptent des points positifs notamment pour Idmaj et Taehil, leurs résultats quantitatifs restent en-deçà de l’ampleur du chômage des jeunes et ne bénéficient qu’à une partie limitée des jeunes en chômage», relève le ministère de l’Economie et des Finances. Ce constat nécessite un renforcement des outils d’analyse et de prospective du marché de l’emploi, de suivi et d’évaluation, conclut-il. L’intermédiation pour l’emploi, assurée essentiellement par l’Anapec, n’a pas non plus été efficace pour atténuer le chômage. Selon les données de l’enquête nationale de l’emploi en 2011, deux moyens traditionnels sont utilisés pour la recherche de l’emploi par 74,4% des chômeurs : «le contact direct des employeurs» et «les personnes parentes, l’entourage».