Menu
Search
Lundi 24 Juin 2024
S'abonner
close
lock image Réservé aux abonnés

Book Club «Le Matin» reçoit Karima Echcherki

L’écrivaine marocaine Karima Echcherki était l’invitée de la sixième rencontre du Book Club «Le Matin» organisée en marge du SIEL. L’occasion de découvrir ou de redécouvrir son roman «Taxi terminus» le premier Coup de cœur du Prix littéraire René Depestre 2023.

Une histoire poignante qui amène le lecteur à s’interroger sur son rapport à la société, son conditionnement et la capacité de l’être humain à se singulariser face à l’épreuve. Tel est le message clé que Karima Echcherki a voulu véhiculer suite à la publication de son deuxième roman «Taxi terminus». «J’ai pris le temps de bien réfléchir et préparer le livre. Je voulais partager avec des professionnels pour la qualité du résultat. Surtout que l’histoire part d’une émotion ressentie suite à des histoires vraies autour de la famille», a expliqué l’écrivaine.

De quoi parle le roman

C’est l’histoire d’une fratrie et des liens qui les unissent les uns aux autres et qui insiste sur les liens tissés individuellement avec la mère. Lorsque celle-ci meurt, le travail de deuil révèle les fragilités de chacun et fait remonter à la surface les conflits et les vieilles rancunes. La fratrie traverse une zone de turbulences où les relations sont mises à mal parfois, jusqu’au bord de la rupture.



Dans une société marocaine submergée par les contradictions, les liens familiaux, pour ne pas dire claniques, se dissolvent pour faire place à l’individualité. Un labyrinthe de sentiments et chacun essaye d’en trouver l’issue. «Quand j'écris, je n'aime pas les personnages qui sont monolithiques ou pas complexes. Je pense que chacun de nous a une part d'ombre et de lumière. Et c'est ce que j'ai essayé dans cette écriture. C'est-à-dire qu'on n'est pas francièrement beau ou mauvais. On a des parts d'ombre et de lumière que j'ai essayé d'éclairer par la narration. Des fois, c'est la lumière qui sort et des fois, c'est l'ombre qui sort au fur et à mesure de l'histoire. Et c'est ça que je voulais aussi mettre en avant. C'est que cette fratrie, normalement, qui se ressemble, ces personnes qui ont reçu la même éducation, qui ont vécu dans le même milieu, ont des caractères totalement différents. Ce qui fait que leur position est différente et leurs liens entre eux sont différents», note l’invitée. Elle précise également avoir tenu à raconter en tant que narratrice. «Je n'ai jamais utilisé le jeu parce que je me suis jamais identifiée à tel ou tel personnage c'est pour ça que j'utilise il ou elle pour rester, je pense, le recul par rapport à ces personnages-là».

Les inspirations de Karima Echcherki

L’inspiration était celle de la famille marocaine. L’image sacrée de la mère dans la société marocaine. Cette sacralité de la mère est aussi confortée par l’islam. Les enfants sont donc sans cesse en quête de la bénédiction de la mère qui interfère dans leurs vies : choix du conjoint, choix de carrière... Il devient donc difficile pour certains de couper le cordon ombilical et de s’épanouir en dehors des desiderata de la mère, commente l’écrivaine. Interrogée sur l’un des passages les plus marquants de son roman, celui de l’accouchement, l’écrivaine raconte : «Quand j'ai voulu écrire ce roman, comme je n'ai pas connu la maternité, j'ai posé des questions autour de moi. Figurez-vous que la majorité de celles que j’ai interrogées était frappée d'amnésie. Je me suis dit : bon, je suis une femme, je vais imaginer. Tout simplement, j'ai déjà été chez un gynécologue, je sais comment se passe un accouchement, j'ai toute la théorie sauf la pratique. Mais comme je suis une femme, je peux ressentir des choses. Donc ça fait partie aussi d'une grande partie de l'imaginaire et j'ai été corrigée par un professeur en gynécologie pour ne pas être trop dans le fantasme».

La relation médecin-patient

L’autre message de l’écrivaine est le manque du «libre arbitre» au sein de la famille et le respect de la relation entre le médecin et le patient. «Pour moi, un médecin respecte le secret professionnel, donc tout ce qui est dit entre lui et le patient, c'est très important. Il y a la confiance qui s'établit entre eux, c'est quelque chose d'indestructible et la loi ne devrait pas légiférer sur ce lien parce que c'est comme ça qu'on va mieux guérir, mieux prendre en charge... la loi n'a rien à voir avec ça c'est le patient qui souffre et c'est le médecin qui guérit», souligne l’invitée.

Biographie de l’auteure

Karima Echcherki est née à Rabat en 1962. Elle est enseignante à la Faculté des sciences et techniques de Mohammedia. L’écriture est une véritable passion pour cette Marocaine attirée par le monde de la littérature française. Elle a déjà publié le recueil de nouvelles «Les inconsolées» centré sur la place de la femme, enjeu primordial au cœur de la société marocaine. Elle a également écrit «453, l’avortement, le combat d’une vie» inspiré par l’expérience personnelle du Pr Chafik Chraïbi, gynécologue-obstétricien, et l’Association marocaine de lutte contre l’avortement clandestin (AMLAC).
Lisez nos e-Papers
Nous utilisons des cookies pour nous assurer que vous bénéficiez de la meilleure expérience sur notre site. En continuant, vous acceptez notre utilisation des cookies.