Menu
Search
Lundi 04 Mars 2024
S'abonner
close
Lundi 04 Mars 2024
Menu
Search
Accueil next Culture

«Presque» de Khaoula Assebab Benomar au «Book Club Le Matin»

Dans sa dernière escale littéraire au Sofitel Jardin des Roses, à Rabat, le «Book Club Le Matin» a reçu la primo-romancière et cinéaste Khaoula Assebab Benomar, qui a présenté son roman «Presque» : une plongée introspective nécessaire d’une femme qui est passée à côté de sa vie.

L’autrice de «Presque» est une fervente militante des droits des femmes. Pourtant, dans son premier roman «Presque», elle dresse le portrait d’une femme qui ne peut en vouloir qu’à elle-même. Yto, son personnage principal, embarque dans un avion, avec pour seul bagage une valise jaune et les souvenirs d’une vie qu’elle a «presque» vécue.

Sa part de responsabilité

«C’est une femme qui, dans un moment de sa vie, est en pleine dépression, qui décide de tout quitter et de partir, de s’éloigner de prendre de la hauteur par rapport à sa vie. On a l’impression qu’elle s’enfuit et on ne sait pas pourquoi. Et ce voyage devient un voyage de vie, un retour sur son passé, sur ses choix et non choix... Est-ce qu’elle est responsable de cette vie ou pas ? Est-ce qu’elle l’a subie et pourquoi ?» nous dit Khaoula Assebab pour présenter son personnage. En effet, «Presque» questionne la responsabilité des femmes dans leur sort. Le personnage d’Yto n’est pas dans le déni. Elle avoue les concessions, le déni de soi, mais aussi la lâcheté, le peu d’ambition et l’indolence. Pour Khaoula Assebab, beaucoup de femmes, comme Yto, pèchent par permissivité. «Ce récit-là est le questionnement de sa propre responsabilité et à quel moment, on dit “non, je ne veux pas de cette relation, ce sont les limites qu’il ne faut pas dépasser”... On a tous une part de responsabilité dans la vie qu’on a, quand on est dans l’acceptation totale, à pardonner tout le temps, on laisse tout passer», explique l’autrice. Et d’ajouter plus tard: «C’est cette femme qui a la même carrière que son mari, mais qui culpabilise parce qu’elle est convaincue que le travail de son mari est plus important que le sien... Elle doit alors se justifier pour faire son travail... Elle est convaincue que c’est elle qui doit faire ceci ou cela», pour dire le conditionnement qui mène la femme à porter la charge mentale.

L’éducation en question

Sur l’éducation, l’autrice a un avis tranché. La disparité dans le traitement de la fille et du garçon est à l’origine même de la situation d’adulte où la femme plie sous la charge mentale et où l’homme n’a que des rapports distants avec ses enfants. Pour Khaoula Benomar, une femme a neuf mois pour se préparer à avoir un enfant, mais quelque part on l’a toujours préparée à endosser ce rôle, en lui mettant une poupée entre les mains. Contrairement aux hommes qui ne sont à aucun moment initiés à ce rôle de futur père. Arrive alors un moment où la mère ne laisse plus de place au père pour intervenir dans l’éducation de ses enfants.

Cette même éducation, qui pousse la femme à l’abnégation, somme l’homme d’exercer une masculinité lourde d’injonctions de domination, de virilité et d’insensibilité. «C’est un rôle qui est chargé de connotations et de positions de force. On ne se pose jamais la question à quel point c’est invivable pour des hommes qui ne se retrouvent pas dans ce genre de code et qui ont envie de vivre autrement», développe la romancière.

Une Moudawana juste

Khaoula Assebab souligne l’importance de rappeler que la Moudawana est un instrument juridique destiné à promouvoir l’harmonie et l’équité dans la famille, c’est-à-dire pour la femme, l’homme et l’enfant. De par son activité de présidente de l’association Joussour, Forum des femmes marocaines, Khaoula Benomar exprime ses attentes en matière de lois, qui devraient profiter à l’ensemble des composantes de la famille. «Actuellement, on est devant une Moudawana au langage sexiste, misogyne et discriminatoire. Une Moudawana anticonstitutionnelle, car on a une Constitution qui dans son préambule parle d’égalité... Dans son article 19, elle parle également d’égalité et de lutte contre toutes les formes de discrimination, et ce dans les deux sens», explique Khaoula Assebab Benomar.

Yto, le personnage principal de «Presque», ne profitera pas directement du changement de la Moudawana. Khaoula Benomar le confirme : «Je pense qu’en écrivant “Presque”, je voulais raconter tout ce qui ne rentre pas dans la case des lois, parce qu’on peut militer pour changer les lois, se battre pour les faire appliquer, mais tant que les mentalités ne changent pas, rien ne change». Mais l’autrice reste convaincue que le changement de lois s’accompagne forcément par une évolution des paradigmes et, par conséquent, des mentalités, permettant aux femmes d’échapper à la pression sociale et à l’injonction d’exemplarité et d’effacement au profit des autres.
Lisez nos e-Papers