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Rémi Bonhomme : le FIFM sera recentré sur l’essentiel en raison des événements dramatiques au Proche-Orient

Le Festival international du film de Marrakech (FIFM) ouvre sa 20ème édition le 24 novembre. Cet événement se poursuivra jusqu’au 2 décembre Le comité d’organisation a décidé cette année d’adopter une forme plus sobre en considération des événements dramatiques au Proche-Orient.  Le dispositif de la place Jemaa El Fna ainsi que les événements festifs ont été annulés. Le 20e FIFM met à l’honneur la comédie et présentera 15 films marocains. Il maintient également le programme des Conversations qui ouvre un espace de discussion entre les festivaliers et les personnalités les plus passionnantes du cinéma mondial comme Willem Dafoe, Viggo Mortensen, Tilda Swinton, Faouzi Bensaïdi, Andreï Zviaguintsev ou encore Mads Mikkelsen . Remi Bonhomme, directeur artistique du FIFM révèle les détails de cette grande messe cinématographique.  

Marrakech accueille à partir du 24 novembre la 20e édition du FIFM. Comment définissez-vous la programmation de cette édition anniversaire ?

Rémi Bonhomme : Pour cette 20e édition, nous avions à cœur de mettre à l’honneur la comédie. Le ton sera donné dès l’ouverture avec Hit Man de Richard Linklater, qui mélange avec brio philosophie, action et romance. Le registre de la comédie se déclinera sous toutes ses formes avec Making Of, le film social et rempli d’humour de Cédric Kahn, The Holdovers d’Alexander Payne qui porte un regard tendre sur un trio d’acteurs remarquables ou Simple comme Sylvain, la comédie romantique résolument moderne de Monia Chokri. Déserts, le dernier film de Faouzi Bensaïdi à qui le festival rend hommage, apportera une tonalité un ton burlesque et poétique qui caractérise son cinéma.



Des cinéastes célébrés par la critique internationale viendront dévoiler leurs derniers films comme Bertrand Bonello pour son fascinant film lynchien La Bête et Matteo Garrone pour Moi capitaine, qui fait le récit de l’odyssée de deux jeunes entre Dakar et l’Europe. Deux anciens membres du jury, reviennent au festival pour présenter leurs derniers films. Dans Pictures of Ghosts, Kleber Mendonça Filho nous entraine dans les lieux qui ont inspiré son cinéma et formé sa cinéphilie. Lisandro Alonso présentera Eureka, une œuvre d’une grande originalité qui navigue entre le monde des vivants et celui des morts. La programmation de cette 20e édition accueillera également des films présentés par des comédiennes les plus passionnantes du cinéma contemporain. Isabelle Huppert accompagnera Sidonie au Japon, le délicat film de fantôme d’Elise Girard et Marion Cotillard sera présente pour Little Girl Blue un film aussi fort qu'inclassable dans lequel elle est époustouflante.

Le programme des Conversations ouvrira un espace de discussion entre les festivaliers et les personnalités les plus passionnantes du cinéma mondial, venues partager leur vision et leur pratique du cinéma. Cette série de rencontres accueillera notamment Willem Dafoe, Viggo Mortensen, Tilda Swinton ou Andreï Zviaguintsev ou encore Mads Mikkelsen, le grand acteur danois à qui le festival rendra hommage.

Comment s’est fait le choix des films participant à la compétition officielle du FIFM 2023 ?

Dédiée aux premiers et seconds longs métrages, la compétition officielle du Festival de Marrakech est le reflet de la jeune création mondiale. Avec mon comité de sélection, nous avons visionné plus de 800 films et voyagé dans plusieurs festivals pour aller à la rencontre des professionnels qui les accompagnent. Les 14 films sélectionnés pour la compétition reflètent nos enthousiasmes et nos discussions passionnées. Sélectionner un premier film, c’est aussi faire le choix d’un cinéaste et à travers lui, des promesses que son cinéma porte pour l’avenir. Les films présentés en compétition officielles ont retenu notre attention pour leur audace, leur générosité et la singularité du regard qu’ils portent sur le monde. Pour la troisième fois dans l’histoire du festival, deux films marocains seront en lice pour l’Etoile d’or : Les Meutes, un thriller teinté d’humour noir signé Kamal Lazraq et La mère de tous les mensonges d’Asmae el Moudir, un documentaire puissant qui affronte les non-dits familiaux. Parmi les 14 œuvres cinématographiques sélectionnées, 5 sont les représentants officiels de leur pays aux Oscars.

Qu’est ce qui a déterminé le choix des membres du jury?

La qualité des jurys du Festival International du Film de Marrakech participe de sa renommée internationale. Ils sont composés par Mélita Toscan du Plantier, qui depuis la création du festival, a su créer des liens de fidélité entre les plus grandes personnalités du cinéma mondial. L’actrice oscarisée Jessica Chastain présidera le jury de cette 20e édition. En l’espace de quelques années, elle s’est imposée comme l’une des grandes comédiennes hollywoodiennes, en abordant chacun de ses rôles avec un engagement viscéral. Elle viendra d’ailleurs présenter Memory de Michel Franco dans lequel elle livre une performance inoubliable. Pour l’accompagner dans son rôle de présidente, elle sera entourée d’un jury composé de 9 membres dont 6 femmes. Ces artistes d’horizon divers apporteront chacun leur regard au choix du lauréat de l’Etoile d’or.

Quelle place occupe le cinéma marocain dans le FIFM 2023?

Cette année, le Festival de Marrakech présentera 15 films marocains parmi lesquels on retrouve des auteurs reconnus comme Faouzi Bensaïdi à qui le festival rend hommage, la documentariste Izza Genini, dont les œuvres ne cessent d’explorer la culture marocaine ou encore Hicham Lasri, réalisateur éclectique qui viendra présenter en première mondiale son dernier film. La programmation de cette édition met également à l’honneur une nouvelle génération de cinéastes marocains. Sofia Alaoui dévoilera en séance spéciale son film fantastique et mystique Animalia. Le Panorama du cinéma marocain présentera aussi les premiers ou seconds longs métrages de Jihane el Bahhar, Adil el Fadili, Leïla Kilani et Khalid Zairi.

D’après vous, comment le FIFM peut jouer un rôle clé dans la promotion de l’industrie du cinéma au Maroc et dans le continent africain ?

Le festival accompagne une nouvelle génération de cinéastes marocains, arabes et africains à travers son programme professionnel qui leur est dédié. Depuis leur création en 2018, les Ateliers de l’Atlas ont accompagné 111 films dont 48 marocains. Cette année, plusieurs longs métrages qui avaient participé à ce programme ont été sélectionnés dans les prestigieux festivals de Cannes, Venise, Berlin ou Sundance. Les Ateliers de l’Atlas interviennent en amont de la fabrication d’un film, au moment de l’écriture et du financement. En offrant une plateforme médiatique à certains de ces films, le festival prolonge cette action en organisant leur rencontre avec le public. Cette année, la programmation du Festival de Marrakech inclut un nombre record de neuf films, précédemment soutenus par les Ateliers de l’Atlas. Parmi ces œuvres figurent notamment l’émouvant et nécessaire documentaire Bye Bye Tibériade de Lina Soualem, le film intime et politique Disco Afrika « une histoire malgache » de Luck Razanajaona, ou encore Or de Vie de Boubacar Sangaré qui nous plonge dans la vie d’un adolescent burkinabé, travailleur dans les mines.

Peut-on dire que le FIFM a réussi à former une génération de cinéphiles au Maroc?

Le rôle d’un est de s’adresser aux cinéphiles tout en cherchant à conquérir de nouveaux publics. Ces dernières années, le Festival de Marrakech a ajouté de nouvelles sections à sa programmation pour diversifier son public. Le 11e Continent permet d’accueillir des œuvres audacieuses et offre la possibilité à un public cinéphile de s’aventurer hors des sentiers battus en venant à la rencontre de cinéastes novateurs. Nous avons également souhaité mettre l’accent sur la cinéphilie de proximité en organisant de nombreux débats autour des films. Soucieux de sensibiliser les spectateurs de demain, le festival s’ouvre aussi au jeune public qui bénéficiera cette année de 13 séances dédiées. Nous avons tous développé notre goût pour le cinéma par une première rencontre avec un film. Il est très émouvant d’offrir la possibilité à des enfants de faire l’expérience magique de la salle obscure pour la première fois.

Ce qui se passe en Palestine a impacté les événements culturels et artistiques dans plusieurs pays. Qu’en est-il pour le FIFM ?

Compte tenu des événements dramatiques qui ont lieu actuellement au Proche-Orient, cette 20e édition adoptera une forme plus sobre. Le dispositif de la place Jemaa El Fna a été annulé et il n’y aura pas d’événements festifs. Le festival sera recentré sur l’essentiel : les films et les débats, les conversations avec les grands talents du cinéma mondial, les rencontres professionnelles. Le Festival reste donc fidèle à sa mission : constituer une plateforme de rencontre et d’échange autour du cinéma.

A sa 20éme édition, comment vous voyez l’évolution du FIFM parmi les manifestations cinématographiques internationales ?

Depuis sa création, le Festival de Marrakech a su développer son identité propre : celle d’un lieu de rencontre unique entre des jeunes talents et les plus grands noms du cinéma. Cette association de la découverte d’auteurs à la célébration des cinéastes et comédiens les plus prestigieux est l’une des forces du festival car elle aboutit régulièrement à des collaborations. Récemment, la comédienne Vanessa Kirby a décidé de soutenir le film Foudre dans la course aux Oscars, en endossant le rôle de productrice exécutive. Elle avait découvert le premier film de Carmen Jaquier l’année dernière, lors de sa présentation en compétition au Festival de Marrakech où elle siégeait dans le jury. A l’avenir, le festival continuera de célébrer le cinéma mondial et d’œuvrer pour le développement des publics, tout en étant attentif aux évolutions de l’industrie cinématographique afin d’être une plateforme médiatique et professionnelle pour les films régionaux comme internationaux.