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Bank Al-Maghrib modernise son architecture de contrôle pour encadrer la finance participative

Face à la montée en complexité du secteur bancaire et à l’essor des banques participatives, Bank Al-Maghrib engage une refonte structurante de son système d’information prudentiel. Soutenue par un financement de la Banque islamique de développement, l’opération vise à moderniser le reporting réglementaire, industrialiser la collecte de données et doter la supervision bancaire d’outils technologiques conformes aux standards internationaux. Un chantier technique et institutionnel qui marque une nouvelle étape dans la consolidation de la finance participative au Maroc.

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Bank Al-Maghrib (BAM) s’apprête à engager une réforme stratégique de son dispositif de supervision afin d’adapter son système d’information aux exigences croissantes du secteur bancaire, notamment avec l’essor des banques participatives. Financé par un don de la Banque islamique de développement, dans le cadre de son allocation spéciale dédiée au développement de l’industrie des services financiers islamiques, le projet vise à mettre en place un système intégré d’information pour la supervision et la régulation des établissements financiers, avec un accent particulier sur l’optimisation du reporting prudentiel.



L’introduction des banques participatives dans le paysage financier marocain a profondément modifié les exigences en matière de supervision. Or le diagnostic du système informatique actuel de la Direction de la supervision bancaire (DSB) a révélé d’importantes limites structurelles. Le système en place, notamment l’outil «BASFIM», est jugé technologiquement obsolète et incapable de fournir une vision consolidée des établissements supervisés.

Plusieurs dysfonctionnements ont été identifiés : absence d’intégration des activités de supervision permanente, persistance de traitements manuels, défaut d’automatisation du suivi, insuffisance des mécanismes d’alerte et de prévision des risques, gestion des données non optimisée, multiplicité des formats et des canaux de collecte d’information, ainsi que non-conformité de la taxonomie de reporting aux standards internationaux.

Dans un contexte marqué par l’apparition de nouveaux acteurs, de nouveaux risques et de nouvelles activités – notamment en matière de finance participative –, ces lacunes constituent un frein à l’efficacité du contrôle prudentiel.

Pour accompagner cette montée en complexité, BAM a obtenu un financement sous forme de don de la Banque islamique de développement (IsDB), dans le cadre de son programme spécial dédié au développement de la finance islamique. L’objectif est de doter la Banque centrale d’un système d’information intégré, moderne et conforme aux meilleures pratiques internationales en matière de supervision.

La solution cible retenue est «Reglonogy SupTech», qui sera déployée sur une période de 24 mois autour de cinq composantes : Regulatory Returns, Licensing & Regulatory Transactions, Risk-Based Supervision, Analytics et Builder.

En parallèle de ce déploiement technologique, une mission d’assistance technique d’une durée maximale de neuf mois est lancée afin d’accompagner la refonte du reporting réglementaire et la conduite du changement.

Cette mission poursuivra plusieurs objectifs stratégiques. Elle vise d’abord à repenser et optimiser le dispositif de reporting réglementaire du système bancaire, y compris les états spécifiques aux banques participatives. Il s’agira de simplifier les modèles de données, d’améliorer la qualité et la cohérence des informations collectées et de mettre en place des règles robustes de validation et de traitement.

Les consultants devront produire les nouveaux états prudentiels, documenter précisément les spécifications pour faciliter leur implémentation informatique et élaborer un guide méthodologique permettant de gérer les évolutions futures du reporting.

Un volet important portera également sur l’identification des standards technologiques les plus adaptés au contexte marocain pour la transmission des données (XML, XBRL ou autres), à travers une étude comparative internationale et des recommandations tenant compte des spécificités nationales.

L’enjeu est double : réduire la charge déclarative pesant sur les établissements de crédit tout en renforçant la capacité d’analyse et de surveillance de l’autorité prudentielle.

Au-delà de la dimension technologique, le projet intègre un important volet de gestion du changement. Les consultants devront accompagner la communication avec les structures internes de BAM et les entités déclarantes, organiser des formations, assurer le transfert de compétences et animer des ateliers de sensibilisation. L’objectif est de garantir l’appropriation du nouveau dispositif par l’ensemble des parties prenantes et d’assurer la pérennité des réformes engagées.

Un secteur bancaire en mutation

À fin 2024, le secteur bancaire marocain comptait 19 banques, dont 5 banques participatives et 3 fenêtres participatives opérées par des banques conventionnelles, ainsi que 29 sociétés de financement, 6 banques offshore, 11 associations de microcrédit, 18 établissements de paiement et 3 sociétés de finance collaborative.

La montée en puissance de la finance participative et l’émergence de nouveaux segments (Digital Finance, Climate Finance) renforcent la nécessité d’un dispositif de supervision agile, intégré et technologiquement avancé.

Placée sous l’autorité directe du gouverneur, la Direction de la supervision bancaire (DSB), forte de 92 agents, assume l’ensemble du processus d’agrément, de contrôle prudentiel, de gestion des difficultés et de protection de la clientèle. La modernisation de son système d’information s’inscrit ainsi dans un axe stratégique majeur visant à améliorer la qualité des interventions et à converger vers les meilleures pratiques internationales.
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