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Le Maroc avance vers une convertibilité élargie du dirham (Driss Benchikh)

Devant la CGEM, Driss Benchikh, DG de l’Office des Changes, a confirmé la trajectoire vers une convertibilité totale du dirham, sous condition de stabilité macroéconomique. L’Instruction Générale des Opérations de Change 2026 (IGOC 2026) marque un nouveau palier d’ouverture, entre libéralisation, simplification et préservation des équilibres extérieurs. L’IGOC 2026 confirme que le Maroc avance vers une convertibilité élargie du dirham, mais selon un modèle gradué, piloté et sécurisé. L’ouverture n’est plus perçue comme un risque en soi, mais comme un instrument au service de l’internationalisation des entreprises, à condition que les équilibres extérieurs demeurent solides.

De gauche à droite, Driss Bencheikh, DG de l'Office des Changes, et Chakib Alj, Président de la CGEM.
De gauche à droite, Driss Bencheikh, DG de l'Office des Changes, et Chakib Alj, Président de la CGEM.
La Confédération Générale des Entreprises du Maroc (CGEM) a accueilli Driss Benchikh, directeur général de l’Office des Changes, pour une présentation des nouveautés de l’Instruction Générale des Opérations de Change 2026 (IGOC 2026). C’est devant les représentants du secteur privé que l’Office a choisi d’exposer sa nouvelle doctrine, structurée autour de trois axes majeurs: libéralisation, simplification et préservation des équilibres extérieurs.

Cette réforme s’inscrit dans la stratégie 2025-2029 de l’Office des Changes et consacre une logique d’ouverture progressive, calibrée et assumée. Le message central porté par Driss Benchikh c’est « de libéraliser, simplifier et assouplir pour faciliter les opérations internationales des entreprises marocaines, tout en préservant les équilibres extérieurs. » La trajectoire vise, à terme, une convertibilité totale du dirham. Mais cette ambition reste conditionnée par la soutenabilité macroéconomique.

Une ouverture encadrée par les fondamentaux

Les marges de manœuvre actuelles reposent sur des indicateurs jugés solides. Les réserves de change dépassent 435 milliards de dirhams, soit plus de six mois d’importations couvertes, un niveau qualifié de confortable. Les exportations atteignent 469 milliards de dirhams. Toutefois, le déficit commercial structurel demeure élevé, à 355 milliards de dirhams, avec un taux de couverture de 57%.

Ce déséquilibre est compensé par trois amortisseurs majeurs : 140 milliards de dirhams de recettes voyages en hausse de 20%, 122 milliards de dirhams de transferts des Marocains résidant à l’étranger et 36 milliards de dirhams d’investissements directs étrangers. C’est dans ce contexte que l’IGOC 2026 introduit un nouveau palier d’ouverture, chaque mesure ayant fait l’objet d’études d’impact préalables.

Ouverture accrue aux investisseurs étrangers

Deux avancées rapprochent le cadre marocain des standards internationaux. Les investisseurs étrangers peuvent désormais inclure librement des clauses de garanties d’actif et de passif dans les contrats de cession, sans autorisation préalable, facilitant ainsi les opérations de fusion-acquisition.

Par ailleurs, les investisseurs étrangers résidents peuvent transférer leurs revenus d’investissement, même en l’absence de preuve du financement initial en devises, dans la limite de 2 millions de dirhams pour des investissements anciens. Un signal de confiance destiné à renforcer l’attractivité du Royaume.

L’une des réformes les plus concrètes pour les entreprises concerne la suppression de la liste limitative des services importables. Jusqu’à présent, toute prestation ne figurant pas explicitement sur une nomenclature pouvait être bloquée par la banque. Avec l’IGOC 2026, la logique change : la prestation doit être réelle, justifiée et liée à l’activité, mais la liste fermée disparaît. La responsabilité est transférée vers l’entreprise et la banque, mettant fin à une approche strictement administrative au profit d’une logique économique fondée sur la substance.

Relèvement significatif des dotations

La libéralisation se traduit également par un relèvement des plafonds d’accès aux devises. La dotation voyage d’affaires est portée à 1 million de dirhams, et à 1,5 million pour certaines catégories, contre 500.000 dirhams auparavant.

Parmi les annonces phares, celle concernant les Startups. Jusqu’ici, une entreprise technologique devait justifier trois années d’activité pour investir à l’étranger. Cette barrière tombe. Désormais, une startup peut s’internationaliser dès sa création, avec un plafond d’investissement fixé à 10 millions de dirhams par an sans conditions d’ancienneté ou de certification des comptes, tandis que les plafonds de dotation pour le commerce électronique au profit de ces structures sont relevés à 2 millions de dirhams. Le message est politique autant qu’économique. Le régime de change ne doit plus freiner l’expansion internationale des entreprises marocaines. La réforme traduit une reconnaissance officielle de la nouvelle réalité entrepreneuriale, notamment dans les secteurs digitaux où l’internationalisation rapide est souvent vitale.

L’IGOC 2026 élargit également l’accès aux instruments de couverture contre le risque de change, le risque de taux et la fluctuation des prix des matières premières. Les entreprises peuvent désormais couvrir jusqu’à 100% de leurs expositions éligibles, à condition que l’opération corresponde à un besoin réel et non spéculatif. La libéralisation s’accompagne ainsi d’un renforcement de la gestion du risque.

Passage à un régime plus déclaratif

Au-delà des mesures techniques, la réforme marque une évolution institutionnelle majeure. Le cadre 2026 clarifie les droits d’accès à la devise, réduit les documents exigés, délègue davantage de pouvoir aux banques et supprime plusieurs autorisations préalables. Le système évolue progressivement d’un régime d’autorisation administrative vers un régime déclaratif fondé sur la responsabilisation et le contrôle a posteriori.

Cette transformation a été co-construite avec l’écosystème. 130 réunions de concertation ont été organisées avec fédérations professionnelles, banques et partenaires institutionnels. L’architecture du texte a été simplifiée en six chapitres afin de réduire les marges d’interprétation et renforcer la lisibilité.

Un levier de compétitivité

Pour le président de la CGEM, Chakib Alj, l’IGOC 2026 constitue « un signal positif en faveur du renforcement de la compétitivité des entreprises ». Dans un contexte de dynamique soutenue des exportations et des IDE, mais aussi de déficit commercial persistant, la réglementation des changes doit évoluer en facilitateur de l’ambition industrielle et exportatrice du Royaume.

Il a néanmoins insisté sur la nécessité d’améliorer davantage le cadre juridique afin de garantir plus de lisibilité et de prévisibilité, notamment en clarifiant les procédures de contrôle et de contentieux et en adaptant les sanctions à la gravité des infractions, dans une logique de sécurité juridique et de confiance.
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