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Marché à terme : La Bourse de Casablanca prête pour un démarrage en avril 2026 (Nadia Fettah)

Selon la ministre de l’Économie et des Finances, Nadia Fettah, la Bourse de Casablanca s’apprête à ouvrir une nouvelle séquence de son histoire avec le démarrage officiel du marché à terme le 6 avril 2026. Annoncé dans le cadre de la première édition de la Conférence APSB, organisée par l’Association professionnelle des sociétés de bourse (APSB), ce compartiment est présenté par les autorités et les acteurs du secteur comme un levier clé pour renforcer la profondeur, la liquidité et l’attractivité internationale de la Bourse de Casablanca, dans un contexte macroéconomique favorable et une dynamique boursière en nette reprise.

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C’est lors de la première édition de la Conférence APSB, organisée par l’Association professionnelle des sociétés de bourse (APSB), que la ministre de l’Économie et des Finances, Nadia Fettah, a officialisé une échéance très attendue par la place : le démarrage du marché à terme est prévu le 6 avril 2026. Un événement structurant pour le paysage financier, tant les enjeux dépassent la simple introduction d’un nouveau compartiment de marché. Selon la ministre, ce lancement offrira aux investisseurs « de nouveaux outils de couverture, une meilleure formation des prix et un renforcement de la viabilité et de l’attractivité globale du marché ». Cette avancée s’inscrit dans un environnement jugé porteur. Le Maroc est de retour en Investment Grade et affiche une croissance économique de 5% en 2025 comme en 2026. Pour Nadia Fettah, ces fondamentaux doivent désormais se traduire par un marché des capitaux plus actif et plus inclusif. La Bourse ne peut plus se limiter à un rôle de thermomètre économique mais elle doit devenir « un moteur, un outil de transformation », capable d’accompagner l’ensemble du tissu productif, y compris les PME, et de soutenir l’ambition du Royaume de renforcer son positionnement dans les grands indices internationaux, notamment le MSCI.

>>Lire aussi : Nandini Sukumar : "Le marché à terme est désormais une réalité concrète pour la Bourse de Casablanca"

Du côté du régulateur, le message est celui d’une transition vers une nouvelle phase de maturité. Le président de l’Autorité marocaine du marché des capitaux, Tarik Senhaji, a salué la capacité récente de la place casablancaise à « mobiliser l’épargne nationale et à contribuer efficacement à son allocation vers l’économie réelle », il a surtout insisté sur l’enjeu central de transformer cette dynamique conjoncturelle en une « maturité structurelle et durable ». Dans ce contexte, le rôle du régulateur devient, selon lui, « plus que jamais indispensable pour accompagner le développement du marché et en préserver la crédibilité et le bon fonctionnement ».

Tarik Senhaji a également souligné la portée du lancement du marché à terme, qu’il considère comme « une étape structurante », appelée à servir de passerelle vers de nouveaux produits, tels que les ETF et les instruments de couverture. L’objectif est de renforcer la profondeur, la liquidité et l’attractivité internationale du marché marocain. « La performance d’un marché ne se mesure pas seulement à sa capacité à attirer des investisseurs, mais aussi à sa capacité à fonctionner de manière fiable, ordonnée et équitable », a-t-il rappelé, appelant l’ensemble de l’écosystème à faire de 2026 « une année charnière » pour le marché des capitaux national.

Des stratégies d'investissement plus diversifiées

Cette vision a été largement partagée par la Bourse de Casablanca elle-même. Pour sa première prise de parole publique en tant que directeur général, Nasser Seddiqi a placé l’annonce du marché à terme au cœur d’un discours axé sur le changement d’échelle du marché marocain. « Nous passerons d’un marché où l’unique choix est d’acheter ou de vendre, à un marché plus mature permettant la construction de stratégies d’investissement diversifiées », a-t-il déclaré, soulignant la portée structurante de ce nouvel outil en matière de gestion des risques et d’alignement sur les standards internationaux. Pour le directeur général, le marché à terme n’est toutefois qu’un pilier parmi d’autres d’un vaste chantier de transformation, qui inclut également le développement du market making, la mise en place d’une chambre de compensation et la diversification des instruments financiers. L’ambition affichée est de faire de la Bourse de Casablanca « un levier d’anticipation et d’accélération des grandes réformes économiques », tout en renforçant durablement son attractivité régionale et internationale.

Dans le même esprit, le président du Conseil d’administration de la Bourse de Casablanca, Brahim Benjelloun Touimi, a tenu à replacer le débat au-delà des performances conjoncturelles. Selon lui, le véritable enjeu réside dans la capacité du marché à durer. Il s’agit de bâtir un écosystème capable « d’absorber les chocs, de résister dans le temps et d’offrir une liquidité et une équité conformes aux standards internationaux », notamment dans la perspective d’une réintégration du Maroc dans les indices émergents.

Les introductions en bourse et la liquidité du marché restent des défis

Si le lancement du marché à terme a suscité un large consensus sur son caractère structurant, la conférence a aussi été l’occasion de poser un diagnostic sur les défis persistants. Dans le cadre du thème de la conférence, « Le marché boursier marocain à l’aube d’une nouvelle ère, quels défis et quelles attentes », Youness Benjelloun, directeur général de CFG Bank, a livré une intervention remarquée par sa franchise. Premier constat : le rythme insuffisant des introductions en Bourse. Alors que le Maroc comptait 75 sociétés cotées au début des années 1990, il en dénombre à peine davantage aujourd’hui, malgré une économie beaucoup plus large et plus sophistiquée. « Nous ne sommes plus capables de faire dix IPO par an », a-t-il déploré, rappelant que cette cadence était atteinte dans les années 2000. Pour Youness Benjelloun, ce ralentissement ne traduit ni un manque de projets ni une absence d’appétit des investisseurs, mais des contraintes opérationnelles et réglementaires qui limitent artificiellement l’accès au marché.

Le deuxième défi tient au rôle encore trop limité de la Bourse dans le financement en fonds propres. Sur les cinq à six dernières années, les introductions n’ont généré qu’environ 5 milliards de dirhams d’augmentations de capital, un montant jugé très en deçà des besoins de l’économie nationale.

Le troisième défi pointé concerne la lourdeur du cadre réglementaire et législatif, largement hérité de textes datant de près de trente ans. Youness Benjelloun a dénoncé l’absence de différenciation entre les exigences imposées aux sociétés non cotées et celles déjà cotées, plaidant pour des mécanismes accélérés, ou « fast-track », afin de faciliter les augmentations de capital et les opérations secondaires. À cela s’ajoute la limitation des fenêtres d’opérations de marché, concentrées sur quelques périodes de l’année. « Une Bourse ne peut pas fonctionner deux fois par an », a-t-il insisté, appelant à une activité plus continue et prévisible.
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