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Mardi 18 Juin 2024
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«Une année chez les Français», le film

L'adaptation cinématographique du roman à succès «Une année chez les Français» de Fouad Laroui est actuellement à l'affiche. Si l’œuvre originale a été saluée par une nomination aux prix Goncourt et Goncourt des lycéens en 2010, quid du film ?

«Une année chez les Français», le film

Dans une petite salle de moins d’une centaine de sièges, quelques cinéphiles résistants à l’appel de Morphée guettent la dernière séance avec détermination. Si les autres salles du multiplexe affichent les dernières sorties américaines, il s’agit là d’un film marocain qui, de plus, est une adaptation d’une œuvre de littérature : fait rarissime dans le cinéma marocain. Le réalisateur Abdelfettam Arrom nous fait découvrir sa propre lecture de l’un des romans les plus connus de l’écrivain Fouad Laroui.

 

>>Lire aussi : «Book Club Le Matin» : Fouad Laroui invité des Escales littéraires

 

L’identité, tout un film

«Une année chez les Français» raconte l'histoire de Mehdi, un jeune garçon de dix ans qui quitte sa ville de Béni Mellal pour étudier au lycée Lyautey de Casablanca, aux côtés d’élèves étranges, sans être particulièrement méchants, mais pas mal suffisants et pleins de préjugés. C’est un choc culturel pour le petit Mehdi qui découvre la disparité sociale et la supériorité néocoloniale, toujours persistante même une décennie après l’indépendance. La problématique identitaire est le sujet central de ce film où l’on voit le petit Mehdi s’empêtrer dans des situations qui lui rappellent constamment ses origines socio-culturelles et sa dissemblance. Sans violence ou rejet pour autant, car le petit Mehdi reçoit aussi de l’affection et de l’amour de certains Français, ce qui pousse même les Marocains musulmans à craindre pour sa foi !

Le film met en vedette Saïf Arrom dans le rôle de Mehdi, aux côtés d'un casting talentueux comprenant Sonia Okacha, Marie Gaëlle Cals, Jeremy Banster, Antone Chiniard, Rachid El Ouali, Marc Samuel, Azlarab Kaghat, Sébastien Lalanne, Rachida Arrom et bien d'autres. Malgré quelques flottements au niveau du scénario ou certaines scènes anecdotiques, leur jeu fluide apporte une dimension authentique à l'histoire. Fait amusant : Fouad Laroui, l'auteur du roman, fait une apparition dans le film, incarnant son propre personnage. Malgré son absence de dialogue, il est assez crédible pour envisager une carrière d’acteur.

 

Une adaptation compliquée

Le réalisateur Abdelfettah Arrom aurait passé des mois pour extraire un traitement brut de 3 h 30, c’est que l'adaptation d'une œuvre littéraire au cinéma est un exercice complexe qui soulève toujours des réactions contradictoires. Aussi cinéphile soit-il, un grand lecteur devient souvent un critique acerbe lorsqu'il s'agit d'évaluer l'adaptation. Dans le cas présent, il est vrai que l’on ne peut s’empêcher de déplorer le manque d'émotion et d’humour par rapport au livre.

En effet, les trois cents pages du roman sont imprégnées d'un humour décapant, plongeant les lecteurs dans un récit d'enfance inoubliable. À chaque chapitre, Mehdi se retrouve confronté à des situations qui pourraient bien lui faire perdre la face. «Une année chez les Français» allie dérision et sensibilité pour décrire à la fois la joie de la découverte d'un nouvel univers et la tristesse d'y être considéré comme un étranger.

Ceci étant dit, il est presque impossible de coller parfaitement au style d’un auteur, surtout si celui-ci détient une plume particulière et que le roman est tourné vers l’intériorité. Le livre n’est alors transposable que dans ses aspects factuels et visuels. En outre, le réalisateur a opté pour une adaptation libre, laissant libre cours à sa créativité, en mettant l'accent sur certains motifs et en élaguant certains développements jugés inutiles.

Il est important de souligner que l'adaptation d'une œuvre littéraire au cinéma ne remplace pas la lecture du livre. «Une année chez les Français» au cinéma peut donc être apprécié comme une œuvre indépendante. Cela peut même faire un bon film jeunesse, si l’on se détache de l’œuvre mère… Et comme les adaptations littéraires de livres marocains sont tellement rares, l’on ne peut que saluer et encourager l’initiative.

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