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Art’s Factory, une fabrique de talents

Le premier bootcamp d’Art’s Factory a été couronné d’un franc succès. Conçu au profit des jeunes artistes en herbe de la région de Casablanca-Settat, le programme s’avère être une opportunité unique d’insertion dans le monde du travail.

Que feraient soixante jeunes créatifs réunis dans un Bootcamp, pendant dix jours, encadrés par des formateurs et munis de tous les moyens de production nécessaires? «Un film d’animation, un court métrage et un épisode pilote d’une web-série», nous répond, pas peu fière, Siham El Faydi, initiatrice du programme Art’s Factory. Et ce n’est que le début. Le programme comprend deux autres Bootcamps en juillet et septembre, à même de renforcer les capacités des jeunes artistes en herbe.

«Art’s Factory se positionne comme un pont entre les talents émergents et le monde professionnel. Le programme vise à former les participants en les plongeant dans un écosystème professionnel, où ils peuvent rencontrer un maximum de professionnels de l'industrie», explique l’initiatrice du projet. Il n’en fallait pas plus pour que les jeunes affluent, avec plus d'un million de vues organiques sur Instagram et près de 4.000 dossiers de candidature. Après une première sélection rigoureuse, soixante candidats, entre 16 et 32 ans, ont été retenus par un comité multidisciplinaire, composé de membres de commissions télévisuelles et cinématographiques, de publicitaires et de professionnels de l'animation.

Le premier Bootcamp a été une occasion pour les participants de travailler en groupe, de créer des synergies et de se former à travers des master class et des cas pratiques. Ce camp a également permis d'évaluer leur niveau et de préparer les prochaines étapes de manière plus ajustée et personnalisée. Salwa Regragui fait partie des jeunes talents sélectionnés. Pour la jeune scénariste en herbe, «les moments d'échange et les bonnes pratiques partagées ont été très précieux, les coachs se sont montrés d’une grande générosité à notre égard. J’en sors transformée et avide d’intégrer l’industrie créative». Le même enthousiasme est partagé par Mehdi Razzouk, qui a pu aiguiser ses outils en réalisation. «Avant Art’s Factory, j’ignorais que je faisais déjà de la réalisation et du découpage technique. J’en sors avec l’envie de m’instruire davantage pour réaliser mes propres courts métrages».

La genèse du projet Art’s Factory

Durant son évolution dans les industries créatives, Siham El Faydi a constaté le manque de ressources humaines et de talents dans le secteur audiovisuel au Maroc. Mais c’est lorsqu’elle produisait la webréalité «L’village» qu’elle s’est interrogée sur le décalage qu’il y avait entre le monde professionnel et le digital. «Plusieurs tournages arrêtaient totalement en attendant les équipes créatives, engagées ailleurs, alors que le web foisonnait de talents», note Siham El Faydi. Elle a donc conçu, en 2021, le programme Art’s Factory pour repérer ces pépites et les connecter à l'écosystème créatif. Son ambition initiale était de créer un programme à l'échelle nationale, avec l'objectif de positionner le Maroc comme un pôle d'excellence dans les industries créatives en Afrique francophone.

Toutefois, compte tenu de la complexité de mobiliser des partenaires pour un projet d'une telle envergure, «j’ai dû réajuster le programme à une échelle régionale, laissant ainsi à Art’s Factory l'opportunité de faire ses preuves», explique-t-elle. «Bien que la plupart des gens pensent scène ou spectacle, lorsqu’on évoque le mot culture, j’estime que j’ai eu beaucoup de chance, car j’ai trouvé les bons interlocuteurs, notamment le président de la région, M. Abdellatif Maazouz, la vice-présidente, Mme Asmaa Belkziz. Leur engagement en faveur de l'industrie culturelle et de l'emploi a permis de donner à Art’s Factory une dimension professionnelle, inclusive et propice à l'insertion», témoigne Siham El Faydi. D’autres bonnes volontés se sont jointes à l’aventure, pour mener à bien le projet, à savoir l’Université Mohammed VI Polytechnique de Benguérir qui a accueilli le Bootcamp, ou encore Ali Reguig, professionnel de l’animation et lui-même à la tête d’une pépinière d’artistes. Onze formateurs ont mis en œuvre la formation accélérée et l’encadrement des cas pratiques. Le résultat est déjà très satisfaisant.

Art’s Factory, un révélateur de talents 

Le réalisateur Ayoub Lahnoud est l’un des formateurs d’Art’s Factory. Son intervention a consisté à l'encadrement des jeunes dans la réalisation de scénarios préexistants. Au bout de ce premier bootcamp, il est convaincu du potentiel exceptionnel des participants. «Parmi ces jeunes, se cachent les futurs réalisateurs, monteurs, acteurs et bien d'autres talents qui ne demandent qu'à être révélés. Dans Art’s Factory, une opportunité d'insertion et d'intégration leur est offerte, tout en leur permettant de faire leurs premiers pas dans le monde du travail. C’est une chance qu’ils doivent saisir, sans oublier de renforcer davantage leur bagage culturel», souligne le réalisateur.

Bien que la majorité des formateurs ont un parcours académique solide, l’absence de références chez les jeunes candidats ne pose aucun problème. Pour Siham El Faydi, Art’s Factory n’est pas une école. C’est un révélateur de talents qui veille à affiner les compétences et à combler les lacunes. Le programme se distingue par sa philosophie axée sur le «learning by doing», s'inspirant de nouvelles approches académiques en vogue dans les grandes universités internationales. L'objectif est de former ces jeunes talents en les immergeant dans un environnement professionnel concret, leur permettant de rencontrer un maximum de professionnels de l'industrie et de renforcer leurs compétences techniques. Déjà, une dizaine de propositions de recrutement pour des projets ont été faites, confirmant ainsi le besoin réel de talents dans l'industrie.
Pour Ayoub Lahnoud, le programme n’en est qu’à ses débuts et ses fruits sont déjà là. «Le programme est extensible et reproductible. On peut aisément en faire cinq en parallèle, rien que dans la région de Casablanca-Settat. Alors imaginons à l’échelle du Maroc». Et d’ajouter : «Dans un monde où les écrans se multiplient, où l’offre peine à suivre la demande, il faut encourager la création de contenu marocain et le talent des jeunes». Ce jeudi 6 juillet, une projection est prévue à l’American Art Center, pour présenter les réalisations des participants du premier Bootcamp, tandis que le second, axé sur des aspects techniques plus avancés, est déjà en préparation.

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Déclaration d'Asmaa Belkeziz, vice-présidente du Conseil de la région de Casablanca-Settat

«Nous sommes conscients au Conseil de la région de l'apport et du rôle crucial des ICC (industries culturelles et créatives, Ndlr) à la fois sur le plan économique, culturel et social. Soutenir un projet avec la dimension d’Art’s Factory exprime notre engagement ferme, envers notre jeunesse, d'être à l’écoute de leurs besoins et de leurs talents… Ainsi, le programme est aligné sur notre vision et notre politique qui favorisent la croissance et l’emploi dans la région de Casablanca-Settat.

Ce projet représente pour nous une autre forme de dialogue territorial avec la société civile, afin de repérer les différentes potentialités de nos jeunes dans différents domaines créatifs et culturels. L'offre culturelle régionale est un facteur clé de développement, tant pour l'économie créative que pour le tourisme culturel, nous travaillons actuellement sur le déploiement de notre programme de développement régional, dans lequel nous avons veillé à présenter un certain nombre d'actions et de projets qui portent sur des thématiques prioritaires pour nous : éducation, citoyenneté, gouvernance, réhabilitation du patrimoine, entrepreneuriat culturel, animation territoriale... afin d'ouvrir la voie à un développement inclusif. Nous souhaitons, de cette manière, créer une synergie entre le tourisme et les ICC dans le but de créer de nouveaux produits, expériences et marchés, ce qui nous permettra de migrer vers un nouveau modèle de tourisme créatif.»

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