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Libertés fondamentales : Benhima, Benabbès Taarji et Gaïzi invités du Book Club Le Matin

Le dernier débat du Book Club Le Matin a dérogé à la règle puisqu’il n’était pas question de présenter un roman ou une histoire, mais le dernier-né de la maison d’édition Le Fennec : «Les Libertés fondamentales au Maroc, propositions de réformes».

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Book Club Le Matin a reçu, le 25 mai dernier à Casablanca, trois représentants d’un collectif qui a décidé de travailler sur un sujet délicat, mais ô combien essentiel pour notre société. Constitué durant le printemps 2022, ce collectif a publié une série de propositions de réformes en lien avec les libertés fondamentales des Marocains. Les invités du Book Club étaient Driss Benhima, Jalil Banabbès Taarji et Mohamed Gaïzi. Mais le collectif compte également Asmaa Lamrabet, Yasmina Baddou, Khadija El Amrani, Chafik Chraïbi et Monique Elgrichi.

Des pistes de réformes «prudentes» et «pragmatiques»

Dans le respect de la parité absolue, ce collectif a été constitué presque instinctivement et de manière fluide, indique M. Banabbès Taarji. «Nous avons initié ce travail en pensant à tous les Marocains qui sont, d’une manière ou d’une autre, discriminés par certaines dispositions de notre législation. Pour le collectif, on s’est connu début 2022, le courant est très vite bien passé entre nous, que ce soit au niveau des idées ou des motivations», explique M. Benabbès Taarji.

Sur le timing pour entamer un tel travail, le collectif met en avant une concordance de faits qui ont fait que ce projet a vu le jour. «Il y a d’abord un temps politique propice, un gouvernement ramassé et cohérent. Il fallait donc profiter de ce contexte. Puis il y a eu le Discours Royal de la Fête du Trône, le 30 juillet 2022, qui nous a encouragés à poursuivre notre réflexion», explique l’invité du Book Club.

Sur le choix des sujets à traiter, Mohamed Gaïzi a indiqué que ce sont des points sur lesquels il y a eu unanimité au sein du collectif, mais surtout pour lesquels les pistes de réforme étaient accessibles et presque aisément applicables. «On a été sélectifs dans les sujets à traiter, mais aussi pondérés dans nos propositions de réforme. Dans le respect de notre référentiel qui est l’Islam, nous avons voulu être réalistes. Nous avons d’ailleurs éliminé plusieurs sujets qui nous paraissaient difficiles à faire passer. Je peux donc dire que nous sommes pragmatiques, orthodoxes et réalistes», souligne le chef d’entreprise et expert du tourisme. À noter que les pistes de réforme proposées par le collectif concernent quatre chapitres : la Constitution, la Moudawana, le Code pénal et le Code de la nationalité.

L’avis des oulémas pour une crédibilité du débat

«On s’est rendu très vite compte que nous avions besoin de lancer le débat sur cette question des libertés pour aller encore plus loin et atteindre une certaine équité dans le respect total de notre patrimoine religieux et culturel», explique M. Gaïzi. Mais pour aller vers plus de libertés, l’analyse religieuse s’avérait obligatoire. De ce fait, les membres du collectif, qui se disent être des personnes pragmatiques, responsables et pratiques, ont souhaité avoir l’avis des oulémas, évitant ainsi que leur travail soit taxé d’anti-religieux et donc le risque que le débat soit tué dans l'oeuf. «Nous avons consulté des oulémas et discuté avec eux certains points en lien avec les libertés fondamentales des Marocains. Ils nous ont réconforté sur plusieurs sujets en affirmant que le débat d’un point de vue religieux est possible», explique l’invité. Et M. Gaïzi d’ajouter qu’au Maroc, «nous avons Imarat Al-Mouminine qui a réglé la relation avec le fait religieux et politique. Et nous pensons que dans ce contexte-là, nous pouvons aller vers plus de libertés universelles sans entraves».

Pour cet ingénieur civil du Génie maritime, l’Islam marocain n’est pas en contradiction avec les libertés universelles. «Moi j’aime le Coran, j’aime le lire et je n’y vois pas de contraintes par rapport à plus de libertés, plus d’égalité et plus de justice. C’est l’interprétation qu’on fait du Coran qui doit être correcte», affirme-t-il. Et c'est ce respect des constantes du Royaume qui a d’ailleurs poussé Driss Benhima à rejoindre le collectif. «Dans un État qui est musulman, la législation et les usages doivent être imprégnés de ce référentiel religieux. Et c’est ma conviction aussi, ce référentiel religieux ne peut en aucun cas être en contradiction avec les valeurs universelles que le Maroc a d’ailleurs ratifiées et s’engage à respecter», indique M. Benhima.

L’après-propositions de réforme

Une chose est claire : les auteurs du document promettent une nouvelle version plus élaborée. Toutefois, ils semblent, du moins les invités du Book Club, déterminés à démontrer qu’ils sont loin de la politique et que leur objectif est d’enrichir le débat sur les libertés fondamentales. «Nous avons choisi en toute responsabilité des sujets valablement argumentés. Ce document a été adressé aux membres du gouvernement et aux chefs des partis politiques sans exception. Nous estimons que nous avons participé avec ce travail à lancer le débat, nous continuerons à expliques nos propositions, mais c'est aux autres parties prenantes de faire avancer les choses», lance M. Benabbès Taarji. Même son de cloche auprès de M. Gaïzi, qui estime que la société civile a également un rôle à jouer pour approfondir le débat ainsi que toute personne qui veut que le Maroc évolue et change vers le meilleur.
Il est à noter que le livre de 80 pages «Les Libertés fondamentales au Maroc, propositions de réformes» a été rédigé d’abord en arabe puis traduit en français. Il coûte 30 DH, un prix voulu par le collectif pour le rendre accessible à la majorité des citoyens. Les revenus de la vente seront versés à l'Association solidarité féminine de feue Aïcha Ech-Chenna, révèlent les invités du Book Club Le Matin.

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