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Les défis à relever par l’agriculture et l'agroalimentaire marocains (PCNS)

La production agricole et alimentaire marocaine est malmenée par les barrières de protection imposées par certains partenaires commerciaux du Maroc empêchent le plein accès aux marchés de l’UE et des États-Unis. Il faudra désormais respecter des normes motivées par trois préoccupations : la sécurité alimentaire et la santé des consommateurs, l’utilisation juste des ressources et la minimisation des impacts sur l’environnement et l'engagement des parties prenantes. C’est ce qui ressort d’une étude du Policy Center for the New South sur l'impact de la reconfiguration des chaînes de valeur mondiales sur le secteur agroalimentaire au Maroc.

Les défis à relever par l’agriculture et l'agroalimentaire marocains (PCNS)

La production agricole et alimentaire mondiale est bien insérée dans le commerce en valeur ajoutée internationale, mais se protège par des normes sanitaires très strictes, des labels indispensables et des subventions publiques. L’exemple des tensions assez fréquentes dans le commerce des tomates et des engrais montre comment les barrières de protection imposées par certains partenaires commerciaux du Maroc empêchent le plein accès aux marchés de l’Union européenne (UE) et des États-Unis. C’est l’une des principales conclusions d’une étude du think tank marocain Policy Center for the New South (PCNS) sur l'impact de la reconfiguration des chaînes de valeur mondiales sur le secteur agroalimentaire au Maroc. La tendance des restrictions d’accès aux ressources (eau, fertilisants et technologies, principalement) et aux marchés, ajoutent les auteurs de l’étude (Abdelmonim Amachraa et Hassnae Maad) se poursuivra dans l’avenir pour la chaîne globale de valeur de l’agriculture et de l’alimentation. Par conséquent, concluent-ils, les économies nationales et les entreprises agricoles et alimentaires devront désormais respecter un nombre croissant de normes motivées par trois préoccupations. Il s’agit de la sécurité alimentaire et la santé des consommateurs ; l’utilisation juste des ressources et la minimisation des impacts sur l’environnement ; et la motivation des parties prenantes et le respect des engagements.

Les crises successives impactent le processus de normalisation 

Ces restrictions résultent de la double crise actuelle de l’énergie et du conflit militaire en Ukraine qui «freine énormément les processus qui se développaient dans l’ère post-Covid-19», relève l’étude. Ce contexte «fragile et tourmenté» est source de très fortes incertitudes, notent les auteurs de l’étude, soulignant qu’il est encore difficile de dessiner les évolutions à venir des GVC : fragmentation, du fait des effets de pénurie le long des supply chains ou régionalisation, avec une réorientation des flux d’investissements et une organisation de la localisation des unités de production pour permettre aux pays occidentaux de réduire leur degré de dépendance.

De plus, ils ont constaté que les chaînes globales de valeur agricoles se trouvent «systématiquement confrontées à la volonté des multinationales de se réorganiser de manière plus régionale et de l’ambition de plusieurs pays à produire et capter plus de valeur ajoutée, notamment en déployant des efforts pour la promotion des investissements verts et d’une plus grande autonomie nationale».

Agroalimentaire : volatilité accrue de la production, des revenus et des prix

Dans ce cadre tourmenté et incertain, l’incertitude touche, certes, également le Maroc, concèdent les auteurs de l’étude de Policy Center for the New South. Toutefois, nuancent-ils, «les éléments structurels de la politique publique agricole et des priorités nationales sont présents, et les orientations claires». En plus de ces atouts, ajoute-t-elle, le secteur agroalimentaire marocain dispose de «l’avantage compétitif le plus fort pour les légumes et les fruits et le gouvernement joue un rôle de régulateur en contrôlant les prix et en accordant des subventions aux agriculteurs et aux industriels». Cela dit, ce secteur se caractérise, cependant, relève l’étude, par une «volatilité accrue de la production, des revenus et des prix». Cette volatilité, explique-t-elle, est due aux sécheresses chroniques et à une utilisation non optimale des facteurs de production et des technologies. Et ce n’est pas tout. «Le respect des normes de sécurité des denrées alimentaires et de la qualité des aliments a également une incidence sur l’accès aux marchés européen et américain», poursuit l’étude.

Pour y remédier, l’étude avance des options de politiques et des mesures d’adaptation «dans un souci d’augmentation de la résilience des AGVC (Agricultural Global Value Chains – Chaînes de valeur agricoles globales) et de réduction de la vulnérabilité de productivité, des prix et des revenus». Ces options et mesures, poursuit-elle, pourront comprendre la promotion d’une agriculture résiliente et durable, la réduction des superficies des cultures consommatrices d’eau, le ciblage des rendements récoltés plutôt que les superficies cultivées pour améliorer la productivité et la rentabilité des chaînes de valeur agricoles et, enfin, le recalibrage du financement et l’orientation de l’investissement vers des chaînes de valeur durables et innovantes.

Impacts sur quatre industries au Maroc : engrais, sucre, fruits et légumes et blé

L’étude de Policy Center for the New South a fait un focus sur quatre industries au Maroc : engrais, sucre, fruits et légumes et blé. Ces industries sont considérées comme étant «bien représentatives» du secteur agricole et alimentaire du Maroc, à l’exception du secteur informel. Ces 4 chaînes de valeur présentent des caractéristiques structurelles permettant de bien illustrer les mécanismes de création de valeur et de sécurité alimentaire, souligne l’étude. À terme, poursuit-elle, les secteurs de l’énergie et de l’eau seront également couverts.

«Grâce à un contrôle strict de la chaîne de valeur des phosphates et des engrais par le Groupe OCP (…), le Royaume du Maroc est un acteur incontournable de la sécurité alimentaire mondiale. …). La force de frappe du groupe réside dans son positionnement sur la R&D qui lui permet de relever des défis industriels, sociaux et environnementaux radicalement nouveaux, ainsi que le développement d’un réseau dense de nouvelles Business Units vertes. Le dernier investissement vert de l’OCP pour le dessalement de l’eau et la production de l’énergie solaire est sans précédent», note l’étude.

Le Groupe Cosumar, autre locomotive nationale, ajoute l’étude, a réussi à mettre en place un plan d’agrégation modèle, reconnu par la FAO. Ce qui a permis aux petits agriculteurs d’être «relativement bien intégrés dans le processus de production et de valorisation du sucre». Cependant, nuance l’étude, «son plan d’investissement à l’international est un pari risqué pour le Maroc, faute d’un volume critique industriel».

Les multiples chaînes de valeur des fruits et légumes (tomates, agrumes, pastèque, fruits rouges, argan, dattes, avocat, etc.) sont soutenues par l'État et sont au carrefour de deux plans sectoriels nationaux (Plan d’accélération industrielle et Génération Green), relève l’étude. Toutefois, note-t-elle, le stress hydrique et les conditions d’accès aux marchés freinent énormément le développement de ces AGVC. L’étude indique également que la chaîne globale de valeur de l’argan, espèce endémique du Maroc, «n’affiche pas de réussite notable, les marques internationales captant l’essentiel de la valeur ajoutée».

Le Maroc reste vulnérable aux prix du marché international 

Autre constat soulevé par le think tank, malgré les efforts déployés pour diversifier les fournisseurs des céréales et la constitution d’un stock stratégique, le Maroc reste vulnérable aux prix du marché international et continue à importer plus de 50% de ses besoins en blé. Les Américains, Australiens, Russes et Ukrainiens dominent le marché mondial du blé, relève-t-il.

«Le développement durable de l’agriculture marocaine insérée dans les GVC doit créer une valeur constante et positive dans le respect de l'environnement», concluent les auteurs de l’étude. Une première solution consiste, selon eux, à limiter le financement des cultures hydrophages et énergivores. «On peut imaginer également un système de crédit d’investissement vert et d’impact ESG pour les chaînes de valeur agricoles, qui récompenserait les domaines agricoles et non agricoles pour leur engagement citoyen», ajoutent-ils. De même, poursuivent-ils, une réhabilitation foncière verte, dans le but de développer des projets agricoles intégrés ciblant l’entrepreneuriat rural, la production céréalière et la constitution d’un stock alimentaire stratégique, serait encouragée et primée.

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