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Samedi 18 Mai 2024
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Entretien avec le cinéaste marocain Hamid Basket

Le cinéaste marocain Hamid Basket a été distingué récemment à la deuxième édition du Golden Femi Film Festival, à Sofia (Bulgarie) pour son film «Le silence des papillons». Il a remporté le Prix du meilleur réalisateur d'un long métrage dont le thème est lié à des questions sociales. Lors de la cérémonie officielle de remise des prix, «Le silence des papillons» a reçu également le troisième Grand Prix du Festival. Rencontre avec Hamid Basket pour parler de ce thriller et de la situation du cinéma marocain.

Entretien avec le cinéaste marocain Hamid Basket

Le Matin : Votre film «Le Silence des papillons» traite des sujets sensibles en relation avec la femme et l'enfant, comment décririez-vous ce long métrage ?
Hamid Basket : Parmi les différents thèmes sur lesquels j’aime toujours travailler, il y a ceux qui touchent à la condition et la situation de la femme. Madame Zakia El Midaoui, ambassadrice de Sa Majesté le Roi en Bulgarie, que je remercie d’ailleurs, pour les éloges dont elle m’a comblé lors de la remise du trophée, a souligné qu’il s’agit d’un fléau par lequel tout le monde est concerné. Mon film se veut donc le porte-voix des femmes et des enfants violentés. Je l’ai ainsi réalisé avec beaucoup de cœur et avec une approche artistique audacieuse et esthétiquement subtile avec une lecture ouverte des problématiques féminines et infantiles telles que la violence, le harcèlement moral et sexuel et la pédophilie.
Voilà comment donc je vois ce film et le choix de sa thématique, film dont le scénario a été écrit par Nadia Houda et élaboré par mes soins et ceux de Mohamed Laaroussi. Je reste toutefois persuadé qu’il reste encore beaucoup à faire pour traiter ce vaste sujet dans d’autres créations.

>>Lire aussi : «Le silence des papillons» en salles

Qu'est-ce qui vous a inspiré ce film ?
Plutôt ce que m’a inspiré ce scénario, qui traitait de l’un de mes sujets de prédilection, à savoir la condition féminine au Maroc et la vision qu’a notre société du statut de la femme et la femme en tant qu’«être». Une vision basée, depuis longtemps, sur le paraître et influencée par l’esprit «patriarcale» qui sévit encore à nos jours d’où ces femmes violentées, ces femmes abaissées à un niveau moindre que celui des hommes et des filles vouées à vivre en marge d’une société dans laquelle leur rôle est en réalité beaucoup plus important et beaucoup plus bénéfique. Certes, grâce à la Vision éclairée de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, les choses ont beaucoup évolué et ce statut a considérablement changé, mais il reste toutefois des poches de résistance et des réticences qui sont derrière bien des dysfonctionnements notamment ces vagues de violence à l’égard des femmes qui s’étendent aux petites filles et aux enfants, en général…
L’idée première du scénario était en fait cela, mais il fallait y refaire une autre lecture qui permettra d’y intégrer d’autres intrigues pour déboucher sur d’autres sujets relatifs, mais surtout créer des situations conformes à ma vision du sujet initial.

La ministre de la Solidarité, de l'insertion sociale et de la famille, Aawatif Hayar, vous a accueilli après la distinction de votre film. De quoi avez-vous parlé ?
J'ai été amplement honoré par le chaleureux accueil que Aawatif Hayar, ministre de la Solidarité, de l'insertion sociale et de la famille, m'a réservé suite à ma distinction en tant que Meilleur réalisateur avec mon film «Le Silence des papillons» ainsi que du troisième Grand Prix du Golden Femi Film Festival à Sofia en Bulgarie. Je tiens à lui exprimer mon admiration pour la politique qu'elle mène dans le domaine social, en général et pour la promotion des droits de la femme, en particulier.
Sincèrement, j'ai vu en elle non seulement la ministre, mais également une vraie patriote qui œuvre sans relâche pour promouvoir et défendre la cause féminine qui était, entre autres sujets, l’objet de notre entretien et comment le cinéma peut contribuer à cette promotion. La ministre m’a également parlé de quelque 80 Établissements multifonctionnels pour les femmes (EMF) créés par son département afin de soutenir les femmes, de les aider et de renforcer leur action. Ceci m’a sincèrement émerveillé. On a également été amené à débattre de la manière d’impliquer les artistes, toutes branches confondues, dans cette action pour en faire l’écho et pour contribuer à changer les images phototypes que la société a de la femme marocaine qui est de plus en plus loin des images qu’on reproduit et montrer que l’homme n’est pas un ennemi, mais plutôt un sérieux soutien à l’action. Ce qui ouvre, par ailleurs, la voie à une collaboration qui ne pourra être que bénéfique pour tous.

Comment voyez-vous le rôle du cinéma dans la société marocaine et quel serait votre message aux responsables gouvernementaux par rapport à l'implication des professionnels de l'art et de la culture dans leurs stratégies ?
Compte tenu du grand écart qui existe entre le cinéma et les stratégies étatiques, ça sera plutôt un appel sincère à tous les responsables de considérer, ne serait-ce qu’une fois, l’art et la culture comme moyens d’expression adéquats et pertinents en mesure de soutenir sinon de renforcer les discours politiques assez souvent à grande teneur, mais qui restent lettres mortes. À travers l’art et la culture et le cinéma en particulier, on n’imagine pas tous les messages qu’on peut passer et l’ampleur de la sensibilisation qui peut s’opérer à travers l’image et le dialogue proche d’une société dont la culture est avant tout verbale et visuelle. Les narrateurs des «Halka» par exemple (ancêtre du théâtre) ont eu un pouvoir incroyable sur la mémoire et l’imaginaire populaire. Viennent ensuite le cinéma et la télévision, car le public marocain et quoique l’on dise est en quête de ce qui émane de lui-même, car ça le représente et souvent il s’y identifie en témoignent ici les productions (sans exception) du mois du Ramadan qui battent les records d’audience. Partant de là, on ressent ce pouvoir magique dont dispose l’art comme outil de communication et de transmission de message et c’est ce pouvoir justement qu’on espère que nos responsables prennent en considération dans leurs stratégies pour sensibiliser, pour éduquer, pour enseigner et instruire et pour réussir aussi dans leurs démarches.

Comment avez-vous choisi les acteurs de votre film ?
Concernant le casting, je prends toujours mon temps pour le faire, car il s’agit de plusieurs caractères de personnages avec des profils différents. Comme au Maroc nous avons une panoplie de choix d’artistes, ceci nous donne une grande possibilité d’avoir un choix très varié.
Généralement, je me base essentiellement sur le scénario pour en déchiffrer les différents mécanismes de ce qui m’interpelle au choix des acteurs, ensuite je me lance dans une opération de composition en fonction des personnages. D’autre part, je veille toujours à faire appel à des acteurs de calibre pour assurer l’incarnation juste et profonde des personnages et, bien sûr, j’ouvre toujours la voie à de jeunes acteurs pour prouver leur talent de jeunes espoirs sur la scène cinématographique nationale. Par conséquent, je suis très pointilleux dans mes choix.

Comment évaluez-vous aujourd’hui le cinéma marocain ?
Depuis quelques années, le cinéma marocain connaît une avancée. On produit mieux et plus qu’avant, on traite de multiples et différents sujets, on a une jeune génération de cinéastes qui a intégré le domaine et percé partout dans le monde. On est connu et reconnu et même primé en Europe, en Asie et en Afrique, toutefois, il reste beaucoup à faire pour hisser la production marocaine au niveau mondial.
Malgré cette avancée, je me demande, comme d’autres confrères, si le peu de salles de cinéma n’est pas un handicap pour la promotion de nos films. C’est comme si un commerçant avait une multitude de marchandises, mais n’avait pas une vitrine pour les exposer.
On produit certes, mais pour quel marché ? Puisqu’au vu du nombre de salles dont on dispose on est encore loin de parler d’un marché local. J’espère que la loi en préparation entre les professionnels et le ministère de tutelle apportera un plus pour les cinéastes marocains. Ceci dit, je tiens à féliciter tous les cinéastes marocains qui font de leur mieux pour réaliser des œuvres de qualité pour le public marocain et qui représentent aussi notre culture et notre image à l’étranger.

Quels sont vos projets artistiques ?
Actuellement, je suis sur trois projets, cinéma et télévision, mais je suis beaucoup plus pris par la préparation de mon nouveau long métrage intitulé «Quiproquos» dont le scénario est de Ali Hassan. Un travail dont j’ai repoussé le tournage vu que j’étais à la recherche d’un co-producteur étranger afin de sortir l’œuvre dans la meilleure forme possible, vu qu’il s’agit d’un sujet d’actualité qui anime énormément de débats depuis un certain temps et qui mérite d’être traité comme il se doit et, bien sûr, y apporter une vision particulière et l’opinion qui est mienne et qui devrait apporter un plus au débat. Et qui dit plus suppose plus de moyens techniques, artistiques et surtout financiers. Puisque dans «Le Silence des papillons», j’ai travaillé sur un terrain très glissant en combinant trois genres dans un seul film en l’occurrence, le film policier, le thriller psychologique et le film mystérieux, cette fois, j’entame une nouvelle aventure d’un aspect très particulier et très délicat en combinant le thriller psychologique et la comédie dramatique. Bref, on aura l’occasion d’en parler amplement le moment venu.

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