La fin annoncée de la feuille de soins papier n’est plus une simple projection : elle s’inscrit désormais dans un calendrier précis. Après une année 2025 consacrée aux développements techniques et au chantier d’interopérabilité avec les éditeurs de systèmes d’information de santé, la Feuille de soins électronique (FSE) est entrée, depuis décembre 2025, dans une phase de tests, d’audits et d’homologation qui se poursuit au début de 2026. Une phase pilote est prévue à la fin mars 2026 dans la région de Kénitra, avant une généralisation progressive à l’échelle nationale entre avril et juin 2026, sous réserve de la validation des différentes étapes techniques et réglementaires. Durant cette période transitoire, le circuit papier et le circuit digital coexisteront dans un modèle hybride.
Une dématérialisation pensée comme une nécessité
Contacté par le journal «Le Matin», la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) explique que «la gestion de la couverture médicale basée sur l’exploitation de dossiers sous format papier n’était plus adaptée et la dématérialisation devenait une évidence», notamment avec l’intégration de nouvelles populations. La Caisse précise que cette dématérialisation vise à remplacer le flux actuel des dossiers papier par «des échanges sécurisés d’informations entre la CNSS et ses partenaires intervenant dans le processus de constitution des dossiers AMO», qu’il s’agisse des médecins, des pharmaciens, des laboratoires, des centres de radiologie ou des établissements de soins. Pour réussir cette mue, deux canaux sont prévus : l’interopérabilité avec les logiciels déjà utilisés par les professionnels et un Portail FSE dédié. Une application mobile est également annoncée pour les prescripteurs.
Mais pour entourer ce projet de toutes les garanties de succès, la CNSS indique avoir mené une étude approfondie pour établir une feuille de route. Celle-ci a permis de dresser «une cartographie des prestataires de soins, un recensement des principaux outils utilisés, l’identification des possibilités de dématérialisation et des adaptations organisationnelles» nécessaires. L’objectif affiché est clair : moderniser progressivement, tout en sécurisant les échanges et en améliorant l’expérience patient.
Concrètement, le prescripteur établira l’ordonnance via son système d’information ou le portail FSE. Le patient recevra une prescription comportant un QR code et un numéro FSE unique, accessibles également via les services digitaux de la CNSS. Lors de l’exécution de l’acte, le professionnel scannera le QR code pour accéder au dossier et renseigner les actes réalisés. «L’ensemble de ce dispositif s’inscrit dans une démarche de modernisation progressive, sécurisée et concertée», souligne la Caisse, précisant que, dans une première phase, la dématérialisation concernera uniquement les soins ambulatoires, les hospitalisations étant prévues dans un second temps.
Mais pour entourer ce projet de toutes les garanties de succès, la CNSS indique avoir mené une étude approfondie pour établir une feuille de route. Celle-ci a permis de dresser «une cartographie des prestataires de soins, un recensement des principaux outils utilisés, l’identification des possibilités de dématérialisation et des adaptations organisationnelles» nécessaires. L’objectif affiché est clair : moderniser progressivement, tout en sécurisant les échanges et en améliorant l’expérience patient.
Concrètement, le prescripteur établira l’ordonnance via son système d’information ou le portail FSE. Le patient recevra une prescription comportant un QR code et un numéro FSE unique, accessibles également via les services digitaux de la CNSS. Lors de l’exécution de l’acte, le professionnel scannera le QR code pour accéder au dossier et renseigner les actes réalisés. «L’ensemble de ce dispositif s’inscrit dans une démarche de modernisation progressive, sécurisée et concertée», souligne la Caisse, précisant que, dans une première phase, la dématérialisation concernera uniquement les soins ambulatoires, les hospitalisations étant prévues dans un second temps.
Les professionnels sont-ils prêts ?
Reste la question centrale : les professionnels sont-ils prêts ? La CNSS affirme avoir organisé des rencontres avec les représentants des professionnels de santé en octobre et novembre 2025. Une campagne de communication et des actions d’accompagnement terrain sont prévues lors de la phase pilote puis lors de la généralisation. Un dispositif de support, assuré par le réseau d’agences et le centre Relation Client, devra répondre aux requêtes et assister les professionnels. Des guides d’utilisation, FAQ et tutoriels seront mis à disposition.
Du côté des pharmaciens, la réforme est accueillie avec prudence mais sans rejet. Ilham Lahlou Khaldi, présidente du Syndicat des pharmaciens d’officine de Casablanca, estime que «la FSE sécurise la délivrance et le suivi des médicaments remboursables pour le patient CNSS, tout en améliorant la traçabilité». Elle rappelle toutefois qu'«elle ne modifie pas le modèle économique : le pharmacien reste payé par le patient». Si elle considère que «la FSE améliorera la rapidité et la fiabilité des remboursements pour les patients», elle met en garde : «elle ne doit ni ralentir l’acte officinal, ni créer une charge administrative supplémentaire». Pour les petites officines notamment, «elle doit être simple, fiable et accompagnée». Et d’insister : «La Feuille de soins électronique est un outil au service du patient, à condition qu’elle respecte la réalité quotidienne des pharmaciens.»
Du côté des pharmaciens, la réforme est accueillie avec prudence mais sans rejet. Ilham Lahlou Khaldi, présidente du Syndicat des pharmaciens d’officine de Casablanca, estime que «la FSE sécurise la délivrance et le suivi des médicaments remboursables pour le patient CNSS, tout en améliorant la traçabilité». Elle rappelle toutefois qu'«elle ne modifie pas le modèle économique : le pharmacien reste payé par le patient». Si elle considère que «la FSE améliorera la rapidité et la fiabilité des remboursements pour les patients», elle met en garde : «elle ne doit ni ralentir l’acte officinal, ni créer une charge administrative supplémentaire». Pour les petites officines notamment, «elle doit être simple, fiable et accompagnée». Et d’insister : «La Feuille de soins électronique est un outil au service du patient, à condition qu’elle respecte la réalité quotidienne des pharmaciens.»
Une modernisation à réussir collectivement
L’analyse du Dr Tayeb Hamdi, médecin et chercheur en politiques et systèmes de santé, est plus structurée et plus critique. «Dès le départ, j’annonce la couleur : c’est une mesure incontournable, importante pour le système de santé et pour le parcours du patient», affirme-t-il. Pour lui, la FSE ne se résume pas à la simple numérisation d’une ordonnance. «Il ne s’agit pas seulement de digitaliser une prescription qui était sur papier. C’est une restructuration de l’acte.» Elle simplifie le travail du médecin, du pharmacien, de la CNSS et du patient, tout en permettant une coordination plus fluide entre les différents professionnels : biologistes, radiologues, kinésithérapeutes, dentistes. «Il y aura une connexion plus fluide entre les acteurs du parcours de soins.»
Il insiste également sur le potentiel stratégique de la donnée. Grâce à la digitalisation, «on aura une data importante, exploitable même en real time». À partir des prescriptions et des actes enregistrés, il sera possible d’obtenir instantanément des indicateurs : volumes d’antibiotiques prescrits, évolution des traitements dans une région donnée, comparaisons territoriales ou annuelles. «Ce ne sont pas seulement des indicateurs de dépenses, ce sont aussi des indicateurs épidémiologiques.»
Mais le médecin prévient : la collecte massive de données ne garantit pas automatiquement une amélioration de leur qualité. «Si on met en exécution uniquement la feuille de soins isolée, cela ne va pas améliorer la qualité des données.» Il plaide pour une approche globale, incluant des outils d’analyse, des ressources humaines formées, un traitement structuré des données et la mise en place d’un dossier médical partagé, qu’il considère comme corollaire indispensable à la FSE. C'est dire que, selon l'expert, les enjeux afférents à ce projet sont d'une importance capitale pour le système de santé marocains, même si «l’environnement d’application n’est pas encore tout à fait au point».
Mais le médecin prévient : la collecte massive de données ne garantit pas automatiquement une amélioration de leur qualité. «Si on met en exécution uniquement la feuille de soins isolée, cela ne va pas améliorer la qualité des données.» Il plaide pour une approche globale, incluant des outils d’analyse, des ressources humaines formées, un traitement structuré des données et la mise en place d’un dossier médical partagé, qu’il considère comme corollaire indispensable à la FSE. C'est dire que, selon l'expert, les enjeux afférents à ce projet sont d'une importance capitale pour le système de santé marocains, même si «l’environnement d’application n’est pas encore tout à fait au point».
Sur le plan opérationnel, il pointe plusieurs défis majeurs. D’abord, la concertation. Selon lui, la mise en place n’a pas suffisamment associé les médecins, alors que «la première prescription part du médecin». Ensuite, la question du coût. Il rappelle que la dématérialisation permettrait à la CNSS d’économiser environ 400 millions de dirhams liés à l’impression, la saisie et le traitement des dossiers papier. Mais il met en garde contre un transfert implicite de charges : «On ne peut pas faire des économies chez soi et transférer les dépenses vers les professionnels de santé.» Saisie informatique, secrétariat, équipements, logiciels sécurisés, connexion Internet compatible avec la législation sur la protection des données personnelles : autant d’investissements qui pèsent sur les cabinets et officines.
La formation constitue un autre enjeu central. «Il faut former les secrétaires, les médecins, les pharmaciens. Cela a un coût en argent et en temps», insiste-t-il, rappelant que l’adhésion des prescripteurs conditionne la réussite du dispositif. Enfin, il évoque une spécificité du contexte marocain : la pratique des consultations de contrôle gratuites. «Comment intégrer cela dans un système digital où chaque acte est tracé fiscalement ?» s’interroge-t-il, appelant à une concertation élargie entre CNSS, professionnels de santé et administration fiscale pour adapter le dispositif aux réalités du terrain. Entre modernisation attendue et inquiétudes du terrain, la Feuille de soins électronique s’annonce comme un tournant décisif pour l’Assurance maladie obligatoire. La technologie est prête à entrer en scène. Reste à savoir si l’écosystème, lui, suivra la cadence.
La formation constitue un autre enjeu central. «Il faut former les secrétaires, les médecins, les pharmaciens. Cela a un coût en argent et en temps», insiste-t-il, rappelant que l’adhésion des prescripteurs conditionne la réussite du dispositif. Enfin, il évoque une spécificité du contexte marocain : la pratique des consultations de contrôle gratuites. «Comment intégrer cela dans un système digital où chaque acte est tracé fiscalement ?» s’interroge-t-il, appelant à une concertation élargie entre CNSS, professionnels de santé et administration fiscale pour adapter le dispositif aux réalités du terrain. Entre modernisation attendue et inquiétudes du terrain, la Feuille de soins électronique s’annonce comme un tournant décisif pour l’Assurance maladie obligatoire. La technologie est prête à entrer en scène. Reste à savoir si l’écosystème, lui, suivra la cadence.
