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Inondations dans le Gharb : pourquoi et comment ? La réponse du directeur de l’Agence du bassin de Sebou

Pluies exceptionnelles concentrées dans le temps, lâchers de barrages strictement encadrés, mer agitée bloquant l’écoulement des oueds, infrastructures freinant la circulation naturelle de l’eau : loin de toute improvisation, les inondations qui ont touché Ksar El Kébir et la plaine du Gharb résultent d’un enchaînement hydraulique précis, expliqué par Khalid El Ghomari, directeur de l’Agence du bassin hydraulique de Sebou.

Après plus de sept années de sécheresse, le Maroc a basculé en quelques semaines dans une situation hydrologique inverse. S’exprimant sur le plateau de "Avec Ramdani" sur 2M, Khalid El Ghomari résume ce changement brutal : « Nous sommes passés d’une gestion de la rareté à une gestion de l’excès ». Dès le mois de décembre, des précipitations intenses et continues ont touché les bassins du nord, notamment ceux du Sebou et du Loukkos, saturant rapidement les sols et alimentant fortement les oueds.



Contrairement aux perceptions d’improvisation, la gestion des débits repose sur un suivi permanent, insiste le directeur de l’Agence du bassin hydraulique de Sebou. « Les volumes d’eau arrivant dans les oueds sont contrôlés plusieurs fois par jour à partir de centres spécialisés. Des calculs précis permettent d’anticiper la montée des niveaux, l’arrivée des ondes de crue et leur propagation », dit-il. Et d'expliquer que c’est sur la base de ces données que sont décidées les mesures de prévention, notamment l’évacuation graduelle de certains quartiers de Ksar El Kébir. « Les décisions se prennent à partir de projections hydrauliques claires, pas au hasard », insiste l’expert. Dans la plaine du Gharb, le niveau de l’eau peut ainsi atteindre 2 à 3 mètres dans certaines zones basses.

Le rôle des barrages : protéger sans aggraver

Face aux inquiétudes exprimées par les populations, notamment autour du barrage d’Oued El Makhazine, Khalid El Ghomari se veut rassurant. Les barrages marocains, explique-t-il, sont dimensionnés selon des normes de sécurité très strictes, intégrant des scénarios de crues exceptionnelles, dites « millénaires ». Les niveaux observés, bien que spectaculaires, restent maîtrisés et surveillés en continu.



Les opérations de lâchers d’eau, souvent perçues comme la cause directe des inondations, relèvent avant tout d’une logique de prévention. « Ces débits sont nécessaires pour préserver l’intégrité des ouvrages et éviter tout risque structurel », précise le directeur de l’Agence du bassin de Sebou, rappelant que les contrôles techniques des barrages sont effectués quotidiennement.

Les décisions d’évacuation prises par les autorités s’inscrivent dans une logique de protection des populations, note l'expert. Même lorsque les ouvrages hydrauliques sont sûrs, la combinaison de crues, de sols saturés et d’un écoulement entravé vers la mer peut provoquer des débordements rapides et imprévisibles. « La sécurité des citoyens reste la priorité absolue », insiste Khalid El Ghomari.

Une mer agitée qui empêche l’évacuation

L’un des éléments déterminants de cet épisode réside en aval, au niveau de l’exutoire naturel des oueds. Selon Khalid El Ghomari, la forte agitation de la mer observée durant cette période a fortement limité l’écoulement des eaux vers l’Océan. Lorsque la houle est importante et que le niveau marin est élevé, les oueds peinent à se déverser normalement, provoquant un phénomène de refoulement. Ainsi, l’eau, déjà abondante en provenance de l’amont et renforcée par les lâchers des barrages, se retrouve bloquée à l’aval. Cette accumulation a accentué la montée des niveaux dans les zones basses, exposant des villes comme Ksar El Kébir à un risque accru d’inondation. « L’eau arrive, mais elle ne peut pas sortir », résume l’expert, pointant une contrainte naturelle souvent méconnue du grand public.



Un autre facteur aggravant tient à l’aménagement du territoire. Dans plusieurs secteurs du Gharb, des routes et des voies ferrées ont été construites à l’encontre du sens naturel de l’écoulement des eaux, formant des obstacles en période de crue. Dans certains cas, explique l'expert, il devient nécessaire de percer temporairement une route ou d’intervenir sur des tronçons ferroviaires, afin de permettre à l’eau de s’évacuer et d’éviter qu’elle ne remonte vers les zones habitées. Une mesure lourde, mais parfois indispensable pour limiter les dégâts.

Un retour à la normale sous conditions

Selon Khalid El Ghomari, le retour à la normale dépendra de deux facteurs clés : l’arrêt des pluies et la baisse du niveau de la mer, conditions nécessaires pour une évacuation fluide des eaux via les oueds Sebou et Loukkos. D’ici là, la vigilance reste de mise, avec un suivi permanent des niveaux et des scénarios d’évolution.



Cet épisode illustre les effets des dérèglements climatiques. Le Maroc connaît désormais une alternance marquée entre longues périodes de sécheresse et épisodes pluvieux courts mais intenses, rendant la gestion hydraulique plus complexe et les territoires plus vulnérables. Les inondations de Ksar El Kébir révèlent ainsi un défi majeur pour les politiques publiques : adapter la gestion hydrique à un climat de plus en plus imprévisible. « Nous devons désormais penser la gestion de l’eau dans toutes ses dimensions, de la rareté à l’excès », conclut Khalid El Ghomari. Un changement de paradigme devenu indispensable pour anticiper les crises à venir.
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