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La digitalisation pour combattre la corruption : encore du chemin à faire pour le Maroc

La lutte anti-corruption au Maroc se trouve en partie freinée par la stagnation, voire la régression, de la transformation digitale de notre pays. C’est ce que démontre une analyse de l'Instance nationale de probité, de prévention et de lutte contre la corruption (INPPLC). Cette analyse permet en effet d’avancer que ce levier de prévention et de lutte contre la corruption ne fonctionne pas comme il devrait. Les détails.

Si le Maroc stagne dans sa lutte contre la corruption, c’est en partie à cause du chantier de la digitalisation qui n’avance pas à la vitesse requise. Ce lien de cause à effet a été démontré par l'Instance nationale de probité, de prévention et de lutte contre la corruption (INPPLC) à travers un rapport qui met en évidence la forte corrélation entre la transformation digitale, d’une part, et la gouvernance responsable, la transparence et la prévention et la lutte contre la corruption, d’autre part.

En effet, il est aujourd’hui établi que la digitalisation permet de limiter les actes de corruption en évitant les interactions humaines qui les favorisent. «On ne peut pas concevoir de stratégie de prévention et de lutte contre la corruption sans que la transformation digitale y soit au cœur comme axe fondamental et transverse», souligne-t-on dans ce rapport thématique intitulé «La transformation digitale : pilier fondamental pour la prévention et la lutte contre la corruption».

Le document, qui met un point d’honneur à souligner les avancées du Maroc en matière de digitalisation, signale que le pays a toutefois enregistré depuis 2014 une nette régression de son positionnement dans les classements et notations des indicateurs internationaux en relation avec la transformation digitale, tels que l’indice de développement du e-gouvernement (EGDI) et ses trois sous indices : infrastructure IT (TII), capital humain (HCI) et services en ligne (OSI).

Selon l’analyse de l’instance, l’élan positif du Maroc avait été rapidement stoppé par l’insuffisance et la lenteur de la mise en œuvre des solutions adoptées, l’absence de services électroniques intégrés orientés citoyens et adoptés par ces derniers, et surtout par la faiblesse du portage, du pilotage et de la coordination stratégique, qui se répercute notamment sur le suivi aux niveaux des projets, des programmes ou des stratégies. À cela s’ajoute une faible capitalisation sur des expériences antérieures, capitalisation qui devrait être «un processus itératif par lequel les succès et les échecs sont identifiés, appréciés et documentés, dans l’objectif de tirer les enseignements et les bonnes pratiques».

Ceci explique en partie la situation de la lutte contre la corruption au Maroc, sachant que l’analyse de la relation entre les scores obtenus par de nombreux pays dans l’indice de perception de la corruption (IPC) et dans les indices liés à la transformation digitale, a permis de mettre en évidence une assez forte corrélation entre l’IPC et l’EGDI. Cette corrélation a également été mise en évidence à travers de nombreux cas de pays ayant connu des expériences digitales réussies avec des effets positifs directs sur l’évolution de la situation de la transparence, l’intégrité et la lutte contre la corruption. En effet, un benchmark international a permis de démontrer que ces pays ont basé leur stratégies et actions anti-corruption sur une digitalisation très poussée des parcours des citoyens et des entreprises, mais aussi sur l’utilisation des technologies de rupture pour démasquer les pratiques complexes de corruption.

Toutefois, signale le rapport, la transformation digitale reste insuffisante comme levier isolé pour inverser la tendance de la corruption, limiter l’étendue de ses manifestations et obtenir en conséquence des résultats probants dans le chantier de l’intégrité et de lutte contre la corruption. «Plusieurs autres facteurs sont nécessaires afin d’agir sur l’évolution de la corruption, notamment l’appui politique, l’existence d’un solide cadre réglementaire et l’engagement et la coordination entre l’ensemble des acteurs et des composantes de la société, dans le cadre d’une stratégie globale et cohérente, avec des priorités fixées sur la base de l’effet structurant et des impacts projetés des actions à court et à moyen termes», lit-on dans le document.
Une digitalisation orientée Citoyen pour lutter contre la corruption
Le rapport de l’instance ne se contente pas des constats. Il émet un ensemble de recommandations à même de favoriser la réussite de la transformation digitale au Maroc tout en atteignant les impacts escomptés aux niveaux de la probité, de la prévention et de la lutte contre la corruption. «Ces recommandations ambitionnent une transformation digitale orientée Citoyen, structurante pour des réformes fondamentales et fondée sur la confiance numérique, et offrant une ouverture des données», précise l’instance.

L’INPPLC estime que l’approche orientée Citoyen doit être érigé en axe directeur pour renforcer l’impact sur la gouvernance, la transparence, la prévention et la lutte contre la corruption. Elle soutient également que la transformation digitale doit être structurante pour les réformes fondamentales, et que ses priorités soient alimentées par les besoins des chantiers et projets ayant un fort impact sur l’intégrité, la prévention et la lutte contre la corruption. Quant à la consolidation de la confiance numérique, elle passe essentiellement par la sécurisation des moyens numériques d’identification, d’authentification, de notification et de communication, mais aussi par la mise en œuvre des données ouvertes, leur normalisation et leu partage. Sans oublier une forte intégration des technologies et de l’innovation pour plus d’efficience et pour faire face à la complexité du phénomène et anticiper son évolution.
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