Le changement climatique n’est plus une menace abstraite au Maroc. Il s’impose désormais comme une réalité tangible qui transforme en profondeur le quotidien des citoyens. C’est ce que révèle une enquête nationale publiée le 13 janvier 2026 par Afro baromètre, réseau panafricain indépendant spécialisé dans les sondages d’opinion sur la gouvernance et la qualité de vie. Selon cette étude, menée auprès de 1.200 adultes marocains, 86% des personnes interrogées estiment que les sécheresses se sont aggravées au cours des dix dernières années, tandis que 65% constatent une détérioration de la qualité des récoltes dans leur région. Ce constat massif traduit une expérience vécue et largement partagée, illustrant à la fois l’ampleur des impacts climatiques et l’évolution des perceptions et des attentes au sein de la société marocaine.
Du constat climatique aux conséquences économiques
Selon la même étude, l’aggravation des sécheresses et la fragilisation des récoltes ne constituent pas de simples phénomènes environnementaux. Dans un pays où l’agriculture demeure un pilier économique et social, ces évolutions affectent directement les revenus des ménages, l’emploi et la sécurité alimentaire. La pression sur les ressources hydriques illustre parfaitement cette réalité. L’enquête indique que 47% des Marocains ont réduit leur consommation d’eau ou changé de source d’approvisionnement, signe que la rareté de l’eau devient un enjeu quotidien et révèle un déséquilibre plus large.
Des adaptations qui traduisent une vulnérabilité croissante
Dans le détail, cette tension climatique se traduit par des ajustements concrets dans la vie des ménages. Ainsi, 36% des répondants ont modifié les types de cultures qu’ils plantent ou les aliments qu’ils consomment, en réponse directe aux nouvelles conditions météorologiques. Parallèlement, 33% ont réduit ou réorganisé leur travail à l’extérieur, notamment en raison des fortes chaleurs. Plus révélateur encore, 18% déclarent avoir déménagé à cause des changements climatiques, preuve que les impacts environnementaux peuvent entraîner des déplacements internes. De leur côté, 39% des éleveurs ont réduit leur cheptel ou adapté leurs pratiques de pâturage. Ces adaptations sont particulièrement marquées en milieu rural et parmi les populations les plus vulnérables, confirmant que le changement climatique agit comme un amplificateur d’inégalités sociales.
Une prise de conscience en nette progression
Autre enseignement majeur de l’enquête : la montée en puissance de la sensibilisation climatique. Ainsi, 67% des citoyens déclarent avoir entendu parler du changement climatique. Toutefois, la perception qu’ils en ont est largement pessimiste. 76% estiment que le phénomène rend la vie au Maroc plus difficile, contre 49% en 2018. En quelques années, le jugement s’est nettement durci, traduisant une prise de conscience alimentée par des impacts de plus en plus visibles. S’agissant des causes, l’opinion publique adopte une position majoritairement orientée vers la responsabilité humaine : 38% attribuent principalement le phénomène à l’activité humaine, tandis que 43% évoquent une combinaison de facteurs humains et naturels.
Une responsabilité largement attribuée aux pays développés
Au-delà du constat et de la prise de conscience, l’enquête met en lumière une lecture plutôt lucide des responsabilités. 77% des répondants estiment que les individus, entreprises et gouvernements d’autres régions du monde sont les principaux responsables du changement climatique. Cette perception alimente une forte exigence à l’égard des pays industrialisés. Ainsi, 88% des Marocains considèrent que les pays riches doivent agir immédiatement pour limiter le changement climatique, et 90% estiment qu’ils ont l’obligation d’aider le Maroc à faire face à ses impacts.
Dans le même temps, les citoyens ne dédouanent pas pour autant les autorités nationales. 68% jugent que le gouvernement marocain doit agir sans délai, même si cela implique des coûts économiques ou des pertes d’emplois. Néanmoins, 59% considèrent que la responsabilité principale de limiter le changement climatique incombe d’abord aux pays riches, soulignant une forte attente en matière de justice climatique.
Dans le même temps, les citoyens ne dédouanent pas pour autant les autorités nationales. 68% jugent que le gouvernement marocain doit agir sans délai, même si cela implique des coûts économiques ou des pertes d’emplois. Néanmoins, 59% considèrent que la responsabilité principale de limiter le changement climatique incombe d’abord aux pays riches, soulignant une forte attente en matière de justice climatique.
Un consensus inédit en faveur de mesures concrètes
Cette double exigence, internationale et nationale, se traduit par un soutien massif à des politiques précises. 92% des répondants appuient l’idée de renforcer la pression sur les pays développés afin d’obtenir une aide climatique, tandis que 91% soutiennent l’investissement dans des infrastructures capables de résister aux sécheresses et aux inondations. Les mesures liées aux comportements énergétiques recueillent également une large adhésion : 77% se déclarent favorables à l’utilisation obligatoire de fourneaux utilisant des combustibles plus propres, et 70% approuvent l’interdiction de la coupe d’arbres pour le bois de chauffage ou le charbon de bois. Ces chiffres traduisent une opinion publique disposée à soutenir des transformations structurelles si elles permettent de renforcer la résilience du pays.
Une crise climatique devenue enjeu central
À la lumière des résultats de cette enquête, une dynamique claire se dessine. Le changement climatique n’est plus seulement perçu comme un défi environnemental, mais comme un enjeu économique, social et politique majeur. Il affecte l’accès à l’eau, la production agricole, les revenus, la mobilité et l’organisation du travail. Cette enquête met en évidence une population lucide, consciente des responsabilités globales et exigeante à l’égard des autorités nationales. Pour une large majorité de Marocains, l’urgence climatique ne relève plus d’un risque futur. Elle façonne déjà le présent et appelle des réponses rapides, coordonnées et ambitieuses.
