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MEDays 2023 : L’instabilité en Afrique n’est pas une fatalité

Réunis à Tanger, du 14 au 19 novembre dans le cadre du Forum MEDays, des experts de haut niveau se sont penchés sur les défis sécuritaires auxquels l’Afrique fait face. À cet égard, ils ont été catégoriques : le continent africain doit s’attaquer d’urgence aux racines des maux de l’instabilité qui le rongent, à travers une approche globale alliant les dimensions politique, économique, sociale et sécuritaire.

La situation est critique. Le séparatisme, le terrorisme, les ingérences étrangères et l’instabilité politique compromettent les efforts de développement socio-économique de l’Afrique. Lors de la session «Séparatisme, terrorisme, interférences et instabilité politique en Afrique», organisée jeudi 16 novembre 2023 dans le cadre du Forum MEDays de Tanger, les experts ont été formels : le continent est confronté à des défis sécuritaires multiformes qui exigent une action d’envergure.



Face à l’adversité, l’Afrique doit faire front commun, ont souligné les intervenants qui ont été unanimes à insister sur l’importance du développement de la jeunesse, de la consolidation de la démocratie et de l’État de droit, ainsi que des réformes socio-économiques profondes pour faire face aux écueils qui entravent l’essor du continent.

Une coopération régionale renforcée pour vaincre le terrorisme

«La menace terroriste est le résultat de décisions prises ailleurs. Al-Qaïda, l’État islamique... Ce n’est pas une fabrication africaine ou du Sahel, mais cela vient d’ailleurs. Savez-vous où est-ce qu’ils partent une fois vaincus ? Vers l’Afrique. C’est une menace globale. Il est temps de voir cette menace dont vous êtes à l’origine et d’aider les pays à les éradiquer», a martelé Annadif Mahamat Saleh, ministre tchadien des Affaires étrangères. Évoquant la porosité des frontières au Sahel, le ministre a prôné «un dialogue Sud-Sud» pour mieux coordonner la lutte antiterroriste dans la région. «Les petits États du Sahel ont raison de s’interroger sur ce qu’ils peuvent attendre de ce monde. L’instabilité est la conséquence de tout cela», a-t-il ajouté, appelant la communauté internationale à reconnaître et assumer ses responsabilités.

Immuniser les jeunes contre l’extrémisme

Pour Assia Bensalah Alaoui, ambassadrice itinérante du Maroc, la stratégie globale déployée par le Royaume du Maroc doit servir de modèle à cet égard. Car outre le volet sécuritaire, elle met l’accent sur la réforme du champ religieux et le ciblage des jeunes à travers des projets de développement. «L’idée est de les immuniser contre l’extrémisme et de faire en sorte qu’ils ne soient pas la proie des groupes extrémistes et du crime organisé. Il s’agit aussi de cibler les catégories les plus précaires en leur offrant la possibilité de monter des projets de développement socio-économique pour éliminer les disparités sociales», a détaillé la diplomate marocaine. «Le terrorisme est un phénomène assez complexe. La force du Maroc est qu’il a compris cela et a mis sur pied une approche inclusive grâce à la vision de Sa Majesté le Roi», a-t-elle ajouté.

Mettre fin aux ingérences étrangères déstabilisatrices

Pour sa part, Cheikh Gadio, ancien ministre sénégalais des Affaires étrangères, s’est montré très sévère envers les puissances extérieures attisant les conflits en Afrique. «Dès le départ, lors la crise de la Libye, nous avons alerté sur le danger qui vient de l’extérieur, mais rien n’a été fait. 40.000 personnes ont été tuées par Boko Haram, c’est un véritable génocide. Ces organisations terroristes sont venus s’implanter en Afrique parce qu’il y a des ressources, de l’eau, des forêts... Ils contrôlent ces zones par la force», s’est-il indigné. «Il faut aller au-delà des problèmes de division et penser au futur», a-t-il plaidé, appelant à l’unité du continent face aux ingérences déstabilisatrices. En effet, sur la délicate question du séparatisme, Cheikh Gadio a mis en garde contre un éclatement ingérable du continent. «Nous sommes fermement opposés à la balkanisation de l’Afrique. En quelques décennies, nous sommes passés de 33 à 53 États», a-t-il martelé. Et l’ancien ministre sénégalais de prévenir : «Ceux qui veulent morceler et briser nos États pourraient nous mener à 70 ou 80 pays, ce qui serait totalement ingérable. Reconnaissons les différences, mais sans céder aux sirènes du séparatisme et de la division, qui sont une impasse pour notre continent».

Promouvoir une gouvernance responsable

Représentant la Cédéao (Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest), Mohammed Sidie Tunis a appelé pour sa part à «reconnaître les défis auxquels est confrontée la région de l’Afrique de l’Ouest, notamment l’instabilité politique qui est un catalyseur de terrorisme et de séparatisme». Tout en dénonçant la «coordination entre les groupes islamistes violents opérant dans les pays du Mali, du Niger et du Burkina Faso», devenus selon lui «performant», il a estimé «qu’il est temps de revoir en profondeur notre architecture de gouvernance en Afrique de l’Ouest». Selon lui, la bonne gouvernance est la clé. «Il faut se pencher de manière critique sur les dérives des régimes en place, les coups d’État institutionnels, la corruption, le manque de développement qui poussent notre jeunesse à risquer sa vie pour rejoindre l’Europe. Les citoyens en ont assez des violations des droits de l’Homme et des Constitutions bafouées. Des réformes politiques profondes s’imposent», a-t-il appelé.

Un constat que partage Mohamud Mohamed Abdirizak, ancien ministre somalien des Affaires étrangères : «Les conditions dans nos pays sont propices aux menaces terroristes. Il faut promouvoir le développement socio-économique et des structures de gouvernance locale». Il a souligné dans le même ordre d’idées la nécessité d’encourager les facteurs qui promeuvent la sécurité. Il faut aussi sensibiliser contre les ingérences politiques, réduire la dépendance des influences extérieures, a-t-il fait remarquer. Un autre volet important, selon l’intervenant somalien, c’est le renforcement de la coopération régionale, notamment au niveau de l’Union africaine. D’où l’urgence, pour les experts, de réformes politiques et institutionnelles ambitieuses sur tout le continent.

Le Maroc, un modèle pour les pays africains

«Le Maroc est le seul pays émergent à travers toute l’Afrique qui fait du bon travail et beaucoup de pays s’en inspirent. Il faut donc le laisser travailler et continuer à bâtir son unité et son intégrité», a avancé Cheikh Gadio lors des débats. De fait, le Royaume est apparu pour plusieurs intervenants comme un exemple à suivre. «Le Maroc a fait face au phénomène complexe du terrorisme en élaborant une approche globale, grâce à la vision et à la détermination de Sa Majesté le Roi Mohammed VI», a souligné Mme Bensalah Alaoui. Outre ses succès sécuritaires, le pays peut se targuer de sa «stratégie de développement économique et social», dixit la diplomate marocaine. Une expérience à capitaliser sur tout le continent, qui est plus que jamais appelé à se relever et à prendre son destin en main.

Terrorisme, séparatisme, ingérences... l’Afrique doit en effet affronter des périls multiples, qui sapent les bases de son développement. Face à l’urgence sécuritaire, les experts appellent en chœur à conjuguer efforts militaires, politiques, économiques et sociaux. La balle est désormais dans le camp des dirigeants africains et des organisations panafricaines, qui doivent transformer ces pistes en actions concrètes. L’inaction n’est plus une option.
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