Menu
Search
Mardi 27 Janvier 2026
S'abonner
close
Mardi 27 Janvier 2026
Menu
Search

RNI, départ d’Akhannouch, bilan du gouvernement... la lecture de Zaïna Chahim

À l’approche de l’échéance électorale de 2026, plusieurs questions structurent le débat politique marocain, au premier rang desquelles figurent les modalités de l’action gouvernementale face aux attentes sociales et les conditions dans lesquelles le Rassemblement national des indépendants prépare l’après-Aziz Akhannouch. Éclairage de Zaïna Chahim, députée RNI et présidente de la Commission des finances et du développement économique à la Chambre des représentants.

No Image
La sortie médiatique de la députée du Rassemblement national des indépendants et présidente de la Commission des finances et du développement économique à la Chambre des représentants, Zaïna Chahim, n’est certes pas anodine. S’exprimant au micro de nos confrères de «Al Omq Al Amghribi», cette avocate et membre du bureau politique du RNI s’est employée à montrer la cohérence du cap suivi sous le leadership de Aziz Akhannouch et, dans le même mouvement, préciser les cadres politiques et organisationnels dans lesquels le parti envisage l’après-Akhannouch, inscrit, selon elle, dans une logique de continuité revendiquée plutôt que de recomposition incertaine.

Dans un entretien accordé à l’émission «Nabd Al Omk», diffusée le 22 janvier, l’annonce du retrait de Aziz Akhannouch de la présidence du RNI a constitué la toile de fond du débat. Zaïna Chahim a tenu à en fixer d’emblée les termes : «Il ne s’agit ni d’un recul ni d’un affaiblissement», affirme-t-elle, en inscrivant cette décision dans le strict respect des statuts du parti, qui limitent la fonction de président à deux mandats. À ses yeux, ce départ relève d’un cadre normatif préexistant et non d’une conjoncture politique imposée. Et la députée d’insister à plusieurs reprises, sur ce point : Aziz Akhannouch «aurait pu modifier les règles», mais ne l’a pas fait. Cette précision, martelée au fil de l’échange, vise à récuser toute lecture personnalisée du pouvoir partisan. «Le parti n’est pas lié à une seule personne», soutient-elle, en rappelant que la séquence ouverte depuis 2017 a d’abord été celle d’une structuration organisationnelle : montée en puissance des organisations parallèles, maillage territorial plus dense, diversification des profils et rationalisation du fonctionnement interne.

Dans ce cadre, l’après-Akhannouch n’est ni présenté comme une parenthèse critique ni comme un moment de refondation. Mme Chahim en trace plutôt les contours procéduraux : un processus encadré par les textes, des délais connus, une transition appelée à se dérouler «sans précipitation ni rupture». L’enjeu, souligne-t-elle, n’est pas de redéfinir la ligne politique, mais d’en assurer la continuité dans un contexte où le parti entend aborder l’échéance de 2026 sans vacance de leadership ni déséquilibre interne.

Après Akhannouch : une transition balisée

Dans le prolongement des développements consacrés à l’équation politique de l’après-Akhannouch, l’entretien a abordé la question de l’action gouvernementale et de ses réponses aux attentes. Zaïna Chahim a souligné à ce titre les fortes contraintes ayant pesé sur elle, comme des crises internationales successives, des chocs climatiques répétés et les effets durables de la pandémie. «Nous avons gouverné sous des contraintes lourdes», indique-t-elle, en avançant la maîtrise de l’inflation comme un repère macroéconomique de cette période, tout en précisant que «contenir l’inflation ne suffit pas à effacer le malaise du quotidien».

Dans cette continuité, elle reconnaît que «le pouvoir d’achat reste sous pression», en l’adossant à des facteurs qu’elle présente comme structurels, liés notamment à la multiplicité des intermédiaires et aux déséquilibres persistants des circuits de distribution. Les réponses engagées par l’Exécutif sont dès lors situées dans une temporalité étendue : réforme des marchés de gros et renforcement des mécanismes de contrôle sont évoqués comme des chantiers appelés à produire leurs effets dans la durée, et non dans l’immédiateté.

Action gouvernementale : entre contraintes et justifications

Évoquant toujours l’action gouvernementale, Zaïna Chahim écarte la lecture opposant un «Maroc des vitrines» à un «Maroc social en difficulté». «Il n’y a pas deux Maroc», affirme-t-elle, en rejetant l’idée de trajectoires nationales disjointes ou concurrentes. À ses yeux, le pays s’inscrit dans un mouvement unique, progressif, dont certaines inflexions seraient perceptibles depuis 2021, sans relever pour autant d’un changement de cap abrupt.

Cette approche conduit à mobiliser les grands investissements publics – infrastructures routières et ferroviaires, équipements énergétiques, chantiers structurants – comme des marqueurs visibles d’une orientation assumée, sans leur conférer une valeur autosuffisante. Zaïna Chahim souligne à cet égard que «le développement humain ne se décrète pas». Les indicateurs sociaux, rappelle-t-elle, évoluent lentement, et les réformes engagées relèvent d’un temps long, irréductible aux seuls résultats visibles à court terme.

L’État social, au cœur du bilan défendu

Tel un axe structurant, la question sociale a traversé l’entretien de part en part. Zaïna Chahim a rappelé – à l’instar de beaucoup de députés RNI – que la santé, l’éducation et la protection sociale portaient le poids de déséquilibres anciens. «Ce sont des secteurs qui ont accumulé des retards pendant des années», indique-t-elle, en précisant que l’action engagée s’est voulue moins conjoncturelle que structurelle, dans une logique de transformation progressive plutôt que dans la recherche d’effets immédiats.

Dans cette perspective, l’avocate égrène les mesures qu’elle présente comme constitutives d’un même ensemble cohérent : généralisation de la couverture médicale, soutien direct aux ménages, aides ciblées aux veuves, aux orphelins et aux enfants abandonnés, revalorisation du salaire minimum, mais aussi dialogue social ayant débouché sur des hausses salariales. Pour elle, ces chantiers sont l’expression d’un projet d’État social assumé, conçu comme l’un des axes centraux de l’action conduite sous la direction de Aziz Akhannouch.

Parlement et majorité : une responsabilité revendiquée

De par sa présidence de la Commission des finances et du développement économique, Zaïna Chahim n’a pas manqué de défendre le rôle du Parlement et des modalités concrètes d’exercice de la majorité. Elle a tenu à réfuter l’idée selon laquelle la force numérique se traduirait par une délégation sans contrôle du pouvoir législatif à l’Exécutif. «La majorité n’est pas un blanc-seing», affirme-t-elle, en précisant que disposer des voix nécessaires n’autorise ni l’effacement du débat ni la suspension de l’exigence de justification. À ses yeux, la majorité engage au contraire une responsabilité accrue : celle d’écouter, d’amender et d’arbitrer dans le respect des équilibres institutionnels.

Dans cette optique, la responsable parlementaire renvoie au travail effectif mené en Commission. Les débats, l’intégration d’amendements issus de l’opposition et les compromis élaborés autour de la soutenabilité budgétaire sont invoqués pour attester l’exercice réel du contrôle parlementaire. «Les amendements sérieux et finançables sont retenus», précise-t-elle, tout en posant une limite claire : les propositions dépourvues de base financière ou susceptibles de fragiliser l’équilibre des finances publiques ne peuvent, selon elle, être adoptées. Le refus du blanc-seing se traduit ainsi, non par une logique d’affrontement, mais par une pratique encadrée du pouvoir législatif, fondée sur la cohérence, la responsabilité et la viabilité des choix opérés.

Investissement et emploi : une chaîne assumée

Portant le débat sur le terrain de l’investissement, la présidente de la Commission des finances revient sur la hausse du budget d’investissement public qui atteint 380 milliards de dirhams. Sauf que «l’investissement n’est pas une fin en soi», souligne-t-elle, car ce n’est que le point de départ d’une chaîne articulée : emplois directs, mobilisation des petites et moyennes entreprises, structuration du tissu productif, puis création d’emplois appelés à s’inscrire dans la durée.

Dans ce cadre, l’élue du Rassemblement national des indépendants évoque les dispositifs destinés aux jeunes porteurs de projets ainsi que les incitations fiscales ciblant les PME. Ces instruments, précise-t-elle, ne relèvent pas d’une logique d’urgence ou d’affichage, mais d’un pari sur le temps moyen et long. L’action économique, insiste-t-elle, ne se mesure pas à l’aune d’effets immédiats, mais à sa capacité à enclencher des dynamiques durables, capables de transformer l’investissement public en emplois stables et en activité pérenne.

Accusations de collusion : une ligne de défense constante

Interrogée sur les accusations récurrentes qui taxent l’Exécutif de «gouvernement des patrons», Zaïna Chahim en conteste la pertinence. Pour elle, c’est «raccourci populiste», et «une stigmatisation qui tient lieu d’argument». La députée RNI récuse l’idée selon laquelle la présence de profils issus du monde des affaires constituerait, en soi, une dérive. «Ce n’est pas une faute d’avoir une expérience économique», soutient-elle, en faisant valoir que cette connaissance des mécanismes de l’investissement et de l’entreprise peut, au contraire, éclairer l’action publique et la question de la création d’emplois.

Dans le prolongement de cet argumentaire, la présidente de la Commission des finances renvoie aux choix politiques opérés sous par le gouvernement de Aziz Akhannouch, citant l’élargissement de la protection sociale, les contributions de solidarité imposées aux grandes entreprises et les réformes fiscales visant davantage d’équité comme autant d’éléments contredisant, selon elle, l’idée d’un pouvoir captif d’intérêts privés. Ces mesures sont présentées par la députée non comme «des concessions, mais comme des orientations assumées», inscrites dans une logique de redistribution et de responsabilité économique.

Première femme à présider la Commission des finances

Dans son entretien avec «Al Omq», Zaïna Chahim aborde la question du leadership féminin à partir de sa propre trajectoire institutionnelle. Première femme à présider la Commission des finances et du développement économique, la responsable parlementaire se défend de toute lecture symbolique ou victimaire de cette position. «Ce n’est ni un trophée ni un privilège», indique-t-elle, en insistant sur le fait que la légitimité, au sein des institutions, procède avant tout de la rigueur, de la maîtrise des dossiers et du respect des règles. La fonction, soutient-elle, ne confère pas l’autorité ; elle l’expose à l’épreuve de l’exercice.

Dans le même registre, l’élue du Rassemblement national des indépendants revient sur le système de quotas, qu’elle décrit comme un dispositif transitoire destiné à corriger une inégalité historique. «Le quota n’est pas une fin», précise-t-elle, mais un levier provisoire appelé à disparaître au profit d’une parité fondée sur la qualification, la concurrence électorale et l’accès effectif des femmes aux responsabilités. L’enjeu, souligne-t-elle, n’est pas d’instituer une exception durable, mais de normaliser la présence féminine dans les lieux de décision.
Lisez nos e-Papers