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Affaire des injections intraoculaires de l’Hôpital du 20 Août : les leçons à tirer

Créer une caisse pour compenser les malades en cas d’erreurs médicales, contrôler la chaîne d’administration des médicaments... Voici quelques leçons que l’on peut déjà tirer suite à l’affaire des injections de l’Hôpital du 20 Août, qui est entre les mains de la BNPJ. Les 16 victimes souffrent depuis plus de 45 jours aussi bien sur le plan physique que psychologique. Sur le plan purement médical, la lecture de cet incident doit mener à des réformes tangibles et rapides.

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Les 16 patients ayant perdu la vue suite à une injection intraoculaire à l’Hôpital 20 Août de Casablanca souffrent encore. Ceux que nous avons contactés paraissent désespérés puisqu’ils ont aussi perdu leur travail et leur autonomie au quotidien. C’est le cas de Mohamed Zahraoui, un soixantenaire, plombier et père de famille. «Cela fait presque deux mois que je n’arrive ni à travailler, ni à répondre aux besoins de ma famille. La situation devient de plus en plus catastrophique puisque j’ai des enfants en âge de scolarité», confie-t-il au quotidien «Le Matin». Sa sœur, Fatima-Zahra, qui a été chargée par les victimes de se prononcer sur le sujet, assure qu’ils vivent tous le même calvaire et qu’ils attendent avec impatience le verdict de la police judiciaire. À l’heure où nous mettions sous presse, l’enquête de la Brigade nationale de la police judiciaire (BNPJ) n’avait pas encore livré ses conclusions quant aux circonstances et responsables de cet incident majeur.

Caisse pour compenser les patients, il y a urgence !

«Au-delà des faits, des circonstances et des responsabilités, cet incident devrait nous interpeller sur l’urgence de mettre en place une caisse pour compenser les aléas de la chirurgie et les erreurs médicales», estime Dr Mohamed Chahbi, vice-président de la Société marocaine d’ophtalmologie (SMO). En effet, ajoute-t-il, tout acte chirurgical, aussi simple qu’il puisse paraître, comporte des risques, notamment infectieux. «En l’absence de cette caisse qui peut garantir au patient le droit à la compensation, le médecin reste soumis à l’obligation du résultat vis-à-vis du malade», explique le médecin. Pis encore, note-t-il, le patient au Maroc ne peut être dédommagé que s’il arrive à prouver la faute médicale à travers, entre autres, l’expertise judiciaire, les témoignages et les preuves judiciaires, chose qui n’est pas toujours aisée. Effectivement, si les patients de l’Hôpital du 20 Août ont pris le pas, nombreux sont ceux qui finissent par abandonner leur droit aux dommages et intérêts vu la difficulté de démontrer le lien de causalité entre la faute médicale et le préjudice subi.

Révision de la chaîne d’administration du médicament

Suite à l’incident de l’Hôpital du 20 Août, l’usage de l’«Avastin» s’est retrouvé au cœur d’une polémique. Et pour cause, ce médicament ne dispose pas d’autorisation de mise sur le marché (AMM) pour le traitement de pathologies rétiniennes. L’AMM délivrée par le ministère de la Santé concerne plutôt le traitement de cancers colorectaux. De l’avis de Dr Tayeb Hamdi, médecin chercheur en politiques et systèmes de santé, l’usage de ce médicament ne date pas d’hier. «L’“Avastin” est largement utilisé depuis des années et dans plusieurs pays pour le traitement des pathologies rétiniennes sans aucun sur-risque par rapport aux autres médicaments beaucoup plus chers», note-t-il. Le médecin, qui invite toutefois à attendre les résultats de l’enquête en cours, estime qu’il est temps de se pencher plutôt sur le processus d’administration de l’«Avastin» dans les hôpitaux publics.

Pour élucider ses propos, Dr Hamdi rappelle que l’injection du médicament dans l’œil du patient passe par des étapes :

• L’acquisition du produit : contrairement aux cliniques privées, le patient de l’hôpital public doit lui-même acheter le médicament et le remettre à l’hôpital. Après dilution, ce même flacon sera utilisé à titre de partage par d’autres patients. L’idéal serait que le médicament soit disponible dans les hôpitaux publics.

• La dilution : Le médicament est présenté sous forme de flacon pouvant être utilisé par une dizaine de personnes, d’où la nécessité de la deuxième phase qui est celle de la dilution ou de la préparation. Cette opération doit être réalisée avec le maximum de précaution et de stérilisation. À défaut, on risque d’injecter des bactéries dans les yeux des patients. Et là, un protocole validé doit être instauré, respecté et contrôlé.

• L’injection : Cette phase doit impérativement être effectuée par l’ophtalmologue dans une salle dédiée à ce type d’injections, avec toutes les mesures médicales qui s’imposent.

À défaut, le patient est exposé à des risques majeurs. Dr Hamdi insiste sur l’urgence aussi de mettre en place une procédure permettant de s’assurer du circuit du médicament jusqu’à son arrivée aux mains de l’ophtalmologue.

Quid de la prise en charge ?

«Si les médecins prescrivent l’“Avastin” pour le traitement des rétinopathies, c’est d’abord pour des raisons économiques», insiste-t-il. Le médecin rejoint ainsi l’avis des ophtalmologues qui, dans un communiqué, rappellent que l’«Avastin» est 40 fois moins cher que les autres produits ayant l’AMM au Maroc. Dr Hamdi rappelle, de son côté, que cette différence de coût est encore plus importante si on prend en compte le fait que le traitement de ce type de pathologies nécessite plusieurs injections par œil et par an administrées dans le cadre d’un traitement qui peut durer dans le temps. Dr Hamdi pointe du doigt également le non-remboursement de ces médicaments aussi bien l’«Avastin» qui ne dispose pas d’AMM que le «Lucentis», qui en dispose. Ceci a été dénoncé par la Société marocaine de l’ophtalmologie dans son courrier adressé au ministre de la Santé. Dr Hamdi estime que le moment est venu pour instaurer des lois, des instances et des fonds pour les victimes des aléas médicaux et les erreurs médicales qui ne sont pas des fautes imputables aux professionnels de santé, contrairement aux fautes médicales.