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Lundi 06 Avril 2026
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Cancer colorectal : le dépistage doit être régulier à partir de 45 ans (Dʳ Fahd Ghalim)

Maladie «silencieuse», le cancer colorectal peut évoluer pendant des années sans symptômes, retardant ainsi son diagnostic. Pourtant, traité à temps, il se guérit dans la majorité des cas, faisant du dépistage un levier essentiel de prévention. Quels sont les signes à ne pas ignorer ? À partir de quel âge faut-il se faire dépister ? Quels sont les facteurs de risque et les avancées qui améliorent aujourd’hui la détection ? Dans cet entretien, le Dʳ Fahd Ghalim, gastro-entérologue et expert en endoscopie digestive diagnostique et interventionnelle, explique les enjeux d’une maladie encore trop méconnue et insiste sur l’importance d’adopter des réflexes simples mais salutaires qui peuvent sauver des vies.

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Le Matin : Le cancer colorectal est souvent qualifié de «silencieux». Quels sont les signes auxquels il faut rester attentif ?

Cancer colorectal : le dépistage doit être régulier à partir de 45 ans (Dʳ Fahd Ghalim)



Dʳ Fahd Ghalim :
Effectivement, le cancer colorectal peut évoluer pendant plusieurs années sans provoquer de symptômes apparents. C’est ce silence qui le rend particulièrement dangereux. Beaucoup de personnes ne savent pas qu’elles sont atteintes avant que la maladie ne soit avancée. Heureusement, lorsqu’il est détecté tôt, ce cancer se guérit dans la majorité des cas. C’est pourquoi le dépistage n’est pas une simple formalité médicale, mais un véritable geste de prévention. Même des symptômes légers ne doivent pas être négligés. Parmi eux, la présence de sang dans les selles ou des rectorragies, une perte de poids inexpliquée, des troubles persistants du transit comme la constipation ou la diarrhée prolongée. Ces signes peuvent révéler une anomalie au niveau du côlon ou du rectum et doivent pousser à consulter rapidement. Il est important de rappeler que ces symptômes ne signifient pas automatiquement qu’il y a un cancer, mais le dépistage permet de lever tout doute et d’agir avant que la maladie ne progresse.

À partir de quel âge conseillez-vous de commencer le dépistage ?

Pour la population générale, le dépistage du cancer colorectal est recommandé dès l’âge de 45 ans. Toutefois, si vous avez des antécédents familiaux – un parent ou un proche atteint de cette maladie – il est conseillé de débuter plus tôt. L’objectif est de détecter la maladie à ses premiers stades, quand les chances de guérison sont les plus élevées. La prévention et le dépistage doivent devenir une habitude régulière, un réflexe de santé, car c’est souvent la détection précoce qui fait toute la différence.



Quels sont les facteurs de risque du cancer colorectal ?

Plusieurs facteurs peuvent augmenter le risque de cancer colorectal :

• L’hérédité : avoir un parent ou un proche atteint de cette maladie accroît le risque.

• L’alimentation : une consommation élevée de viandes transformées et pauvre en fruits et légumes peut favoriser l’apparition de polypes cancéreux.

• Le mode de vie : la sédentarité et le surpoids sont des facteurs de risque importants.

• Le tabac et l’alcool : ils augmentent également le risque de développer un cancer colorectal.

Identifier ces facteurs permet aux individus de modifier leur mode de vie et de réduire leurs risques, tout en insistant sur l’importance du dépistage régulier, surtout à partir de 45 ans ou plus tôt en cas d’antécédents familiaux.

Que représente concrètement la coloscopie dans le dépistage ?

La coloscopie n’est pas seulement un examen de contrôle. C’est un outil de prévention puissant. Elle permet d’examiner en détail l’intérieur du côlon et du rectum pour identifier des anomalies, notamment des polypes. Ces polypes, s’ils sont détectés et retirés à temps, ne deviendront jamais cancéreux. On peut dire que chaque polype retiré représente une vie potentiellement sauvée. C’est un geste simple, rapide et extrêmement efficace, qui permet d’intervenir avant que la maladie ne progresse et d’éviter des complications graves.

Les technologies actuelles améliorent-elles la détection ?

Oui, et de manière significative. La coloscopie haute définition offre aujourd’hui des images beaucoup plus nettes, permettant de repérer des anomalies que l’œil nu pourrait manquer. L’intelligence artificielle vient renforcer cette précision en analysant en temps réel les images et en alertant le médecin sur les zones à risque. Grâce à ces innovations, le dépistage est plus sûr et plus efficace, ce qui améliore la prévention et protège au mieux les patients.

Comment convaincre les patients réticents à faire une coloscopie ?

Beaucoup de patients hésitent à réaliser une coloscopie par peur de l’inconfort ou par appréhension de l’examen. Il est important de rappeler que la coloscopie est un geste sûr, pratiqué par des professionnels expérimentés, et qu’elle peut littéralement sauver des vies. Je conseille toujours d’expliquer clairement aux patients les bénéfices : détecter et retirer des polypes avant qu’ils ne deviennent cancéreux. Souvent, le simple fait de montrer que chaque coloscopie peut prévenir un cancer aide à dépasser la peur. La sensibilisation, l’écoute et la pédagogie sont les meilleurs outils pour convaincre, et rassurer sur le déroulement de l’examen.

Quel rôle jouent les campagnes de sensibilisation comme «Mars Bleu» ?

«Mars Bleu» est une campagne cruciale pour informer le grand public. Elle permet de rappeler que le dépistage précoce est la clé pour prévenir et guérir le cancer colorectal. Ces campagnes donnent de la visibilité à un cancer souvent méconnu et silencieux, incitent les personnes à consulter, et renforcent le message que la prévention sauve des vies. Elles créent un véritable élan collectif et font tomber certaines barrières psychologiques ou sociales liées au dépistage.

Quel message souhaitez-vous transmettre à vos patients et au grand public ?

Mon message est simple : ne sous-estimez pas le cancer colorectal. Même si vous vous sentez bien, le dépistage reste essentiel. Une coloscopie peut sauver une vie, parfois même la vôtre. Soyez attentif aux signaux de votre corps, consultez dès que quelque chose vous inquiète, et faites du dépistage un réflexe régulier à partir de 45 ans, ou plus tôt si vous avez des antécédents familiaux. Prévenir, c’est guérir : chaque geste compte, et la détection précoce fait toute la différence.
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