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Les requins observés aux Îles Canaries peuvent se déplacer au Maroc sans constituer de menace (experte)

Durant le week-end du 15 au 16 juin dernier, un requin de près de 3 mètres a semé la panique aux Canaries en fonçant vers le rivage à une vitesse fulgurante, faisant fuir les touristes. Les images du squale, ainsi que celles des baigneurs terrifiés, ont rapidement envahi les réseaux sociaux, suscitant de vives réactions. Dans cet entretien, Imane Tai, docteure en Écologie marine, coordinatrice du Réseau de suivi des échouages de l'Institut national de recherche halieutique, nous éclaire sur les comportements des requins, la possibilité de leur déplacement vers les côtes marocaines, ainsi que les mesures de sécurité à adopter pour les baigneurs.

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Le Matin : Quelles espèces de requins ont été observées récemment aux îles Canaries ?



Imane Tai : Il est difficile d’identifier avec certitude l'espèce de requins observée aux Îles Canaries à partir des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux. Cependant, il pourrait s'agir d'un requin marteau, d'après les enregistrements des caméras du drone mobilisé à cet effet, comme le rapportent les médias. Les requins marteaux appartiennent principalement au genre Sphyrna et sont particulièrement vulnérables pour plusieurs raisons liées à leur biologie, leur écologie et les menaces anthropiques qu'ils rencontrent.

Parmi les dix espèces de requins marteaux répertoriées dans le monde, trois sont présentes au Maroc : le requin marteau halicorne (Sphyrna lewini), le grand requin marteau (Sphyrna mokarran) et le requin marteau commun (Sphyrna zygaena). Les requins marteaux figurent sur la liste rouge de l'UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) et sont classés comme vulnérables, en danger ou en danger critique d'extinction. Étant donné leur statut vulnérable, la loi marocaine a interdit la pêche, la détention à bord, le transbordement, le débarquement, le stockage et la vente d’une partie ou de la totalité de la carcasse des requins marteaux et d’autres espèces de requins menacées.

Quels facteurs pourraient expliquer la présence de requins dans les eaux des Îles Canaries ?

D’une manière générale, les facteurs biologiques qui expliquent les comportements des requins présentent encore plusieurs zones d’ombre pour les scientifiques. Il n'est pas très courant de voir des requins marteaux aussi près des rivages. Cependant, dans certaines circonstances non encore expliquées, ces créatures peuvent adopter ce comportement inhabituel. Les courants marins et les changements de température de l'eau de mer peuvent pousser les requins à chercher des zones plus propices ou plus riches en nourriture près des côtes. Certaines espèces utilisent également les zones côtières comme sites de reproduction ou de nurserie. De plus, la diversité des habitats marins offerts par ces îles, notamment les récifs coralliens et les herbiers marins, contribue à la présence de ces espèces près des côtes.

Selon les spécialistes, il est rare d’observer des requins marteaux aussi près des rivages et des zones de baignade, mais dans des situations spéciales ces prédateurs s’approchent davantage des côtes. Il faut, en effet, noter que les requins sont souvent attirés par les eaux côtières riches en proies telles que les poissons, les raies, les céphalopodes et les crustacés. Les eaux peu profondes servent souvent de nurseries pour les jeunes requins, offrant un environnement relativement sûr à l'abri des grands prédateurs.

Il faut aussi savoir que les variations de température de l'eau, les courants marins et d'autres changements environnementaux peuvent pousser les requins à modifier leurs habitats traditionnels. La pollution sonore due à la navigation et à d'autres activités humaines peut également perturber les requins, qui sont très sensibles aux sons et aux vibrations. Enfin, les requins malades ou blessés peuvent chercher des eaux plus calmes et moins profondes pour se reposer et se protéger des prédateurs, ce qui pourrait expliquer leur présence dans les côtes.

>> Lire aussi : Faut-il avoir peur des requins et des orques dans les plages marocaines ? Les experts répondent

Existe-t-il un risque que les requins observés aux Îles Canaries se déplacent vers les côtes marocaines ? Est-ce que cela doit inquiéter les vacanciers et baigneurs sur les côtes marocaines ?

Les requins jouent un rôle important dans l’équilibre de l'écosystème marin. Certains sont pélagiques, généralement très actifs et opportunistes, et assurent le rôle de grands prédateurs. D'autres, tels que les requins marteaux, sont benthiques. Ils agissent souvent en tant que charognards ou nettoyeurs. Environ 40 espèces de requins sont répertoriées dans les eaux marocaines (sur plus que 400 à l’échelle du globe). La plupart des requins sont carnivores, ils se nourrissent essentiellement de poissons, de céphalopodes et de crustacés, parfois de mammifères marins et d'oiseaux marins. Certains, comme le requin marteau tiburo (Sphyrna tiburo), montrent un comportement omnivore et peuvent digérer des matières végétales comme les herbiers marins.

Bien qu’il n’existe pas encore de statistiques exhaustives sur les attaques de requins contre les humains, les requins marteaux semblent être moins incriminés dans des attaques comparées à d’autres espèces classées de redoutables tels que le requin blanc (Carcharodon carcharias), le requin-bouledogue (Carcharhinus leucas) et le requin-tigre (Galeocerdo cuvier). Parmi ces espèces, seul le requin blanc est présent en Méditerranée, mais il est extrêmement rare d’en croiser, car il est en danger critique d’extinction dans cette mer. Cependant, il reste essentiel de maintenir la vigilance et de respecter les règles de sécurité lorsque l'on évolue dans des zones où ces requins sont présents.

Il est possible que certains requins observés aux Îles Canaries se déplacent vers les côtes marocaines, étant donné la proximité géographique et les courants marins qui relient ces régions. Cependant, il est important de noter que les requins ne représentent généralement pas une menace significative pour les humains.

En cas d’interaction ou de rencontre avec un requin ou un animal marin de grande taille (dauphin, phoque), il y a un protocole de la conduite à tenir. D’abord, il faut rester calme et éviter les mouvements brusques, qui peuvent attirer l'attention de l'animal, puis quitter l'eau prudemment et lentement. On peut aussi utiliser des objets tels qu’une planche de surf comme une barrière pour créer une distance entre vous et l'animal.

Il faut garder l'animal en vue pour surveiller ses mouvements et anticiper ses actions, en évitant de s’approcher ou tenter de le toucher ou de l'alimenter. S’il y a plusieurs personnes, il vaut mieux rester groupés pour paraître plus imposants. Par ailleurs, il est plus sécurisé de nager en groupe. Il faut, ensuite, informer les autorités locales ou les sauveteurs de la présence de l'animal pour assurer la sécurité de tous et respecter toujours les recommandations des sauveteurs et des autorités locales concernant la sécurité en mer.

Par mesure de précaution, il est fortement recommandé de fréquenter les plages surveillées et autorisées aux baignades, éviter de nager aux heures de l'aube et du crépuscule et éviter de nager immédiatement après des conditions de tempête.

Avez-vous noté au cours de l’année une augmentation de la fréquence des apparitions de requins dans les côtes marocaines en particulier, celles du Sud ?

Au cours de l’année 2024, aucun événement de rapprochement de requins au rivage n’a été signalé.

L'INRH a-t-il mis en place des programmes spécifiques pour surveiller les populations de requins dans cette région ?

Oui, en effet, l'Institut national de recherche halieutique (INRH) a mis en place des programmes de suivi des populations de requins dans les eaux marocaines, incluant l’observation directe lors des campagnes scientifiques et à bord des navires de pêche en collaboration avec les pêcheurs, ainsi que le suivi des échouages et de la biodiversité. Ces programmes fournissent des informations essentielles pour évaluer les populations de requins et élaborer des mesures de conservation. L'INRH collabore également avec des organisations internationales et d'autres instituts de recherche pour partager les données et les meilleures pratiques en matière de gestion et de protection des requins.

Comment collaborez-vous avec d'autres institutions internationales pour le suivi et la recherche sur les requins ?

Le monitoring scientifique des requins est assuré au Maroc par l'INRH, qui met en œuvre des programmes de suivi scientifique, de collecte de données et d'évaluation de l'état des populations de ces espèces. Sur le plan de la gestion, le département de la Pêche maritime contribue à la gestion et à l’implémentation des mesures de conservation émanant d'instances internationales telles que l'ICCAT (Commission internationale pour la conservation des thonidés de l'Atlantique) et la CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction).

L’INRH collabore avec diverses institutions internationales à travers des projets de recherche conjoints ; son réseau de surveillance, des ateliers et conférences, ainsi que le partage de données et de technologies de suivi. Les chercheurs de l'INRH co-rédigent également des publications scientifiques avec des collègues internationaux, contribuant ainsi à l'amélioration des connaissances sur les espèces marines en général et les requins en particulier.

Quelles recommandations ou actions proposez-vous pour mieux comprendre et gérer la présence de requins dans les eaux des Îles Canaries et pour anticiper tout risque potentiel pour les côtes marocaines ?

Pour mieux comprendre et gérer la présence de requins dans les eaux des Îles Canaries et anticiper les risques pour les côtes marocaines, certaines actions pourraient être envisagées. Il est nécessaire de :

• Renforcer la surveillance des populations de requins pour détecter rapidement leur présence près des zones de baignade.

• Intensifier la recherche scientifique sur les comportements et les habitats des requins en collaboration avec les institutions locales et internationales.

• Améliorer la plateforme de partage de données entre les régions et pays concernés pour mieux coordonner les efforts de gestion et de protection.

• Il est également essentiel de développer des plans de gestion des risques pour les zones côtières, incluant des protocoles d'intervention spécifiques en cas d'observation de requins à proximité des plages fréquentées.

En cas d’interaction avec un requin ou tout autre animal marin de grande taille, prière de bien vouloir vous référer au protocole de conduite et partager vos vidéos et questions, et informer sur de potentiels échouages de ces espèces à l’adresse suivante : [email protected]
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