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Transplantation d’organes : Il y a un besoin accru d’information même chez les médecins (Pre Amal Bourquia)

La Journée mondiale du don d’organes et de la greffe, célébrée le 17 octobre chaque année, est l’occasion de sensibiliser davantage à cet acte de générosité et de solidarité qui sauve des vies. Au Maroc, de nombreux facteurs continuent de freiner le développement de la transplantation d’organes. Le point avec Amal Bourquia, professeure en néphrologie, dialyse et transplantation, experte en éthique, santé numérique et communication médicales, et présidente de l’association «Reins» et de la Société marocaine de santé et environnement.

Le Matin : Pour la célébration de la Journée mondiale de don d’organes, l’association «Reins» a réalisé un sondage auprès des médecins sur le sujet. Quel est l’objectif de ce travail et quels sont les principaux résultats de ce sondage ?

Pre Amal Bourquia : La pratique des greffes d’organes s’entoure d’un ensemble de représentations culturelles autour de la perception du corps, de la mort et du don. La transplantation d’organes est un acte complexe et un phénomène social au-delà de son aspect médical. Ainsi, afin d’évaluer sa perception par la population marocaine, nous avons réalisé cette année au sein de l’association «Reins» un sondage auprès de la population médicale puisqu’elle est la première concernée par le sujet et qui a le devoir de sensibiliser la population générale.

>>Lire aussi : Don d’organes : L’essentiel des recommandations de l’association «Reins»

Les principales constatations tirées de cette étude sont la méconnaissance du sujet aussi bien en ce qui concerne la réglementation, les pratiques médicales, la position de l’Islam... On confirme encore une fois le besoin accru d’information et de sensibilisation à la transplantation d’organes même auprès des médecins, dont 67% de l’échantillon déclarent n’avoir jamais assisté à une formation ou rencontre sur le sujet. Cependant et malgré ces insuffisances, 64% se déclarent pouvoir être donneur d’organes (76% après la mort), 80% souhaitent approfondir leurs connaissances sur le sujet.

L’association plaide pour l’application des recommandations de Rabat 2022, de quoi s’agit-il exactement ?

Pour une vraie relance du don et de la transplantation d’organes au Maroc, nous avons organisé une Rencontre de réflexion collective en 2022 à Rabat avec pour principal objectif de faire un constat de l’état actuel de cette activité, d’identifier les dysfonctionnements, les difficultés et les obstacles et proposer des solutions pour une vraie stratégie de relance. Cette rencontre a connu la participation de représentants du ministère de la Santé, de l’ANAM, du CNOM, des magistrats, des oulémas, des médias, des représentants de la société civile, des informaticiens, des donneurs d’organes, des patients en attente de greffe et un groupe de médecins composé d’experts en matière de greffe rénale et hépatique. À la fin de cette rencontre, les principales propositions et recommandations de cette Journée ont été présentées, commentées et complétées par les participants, et adressées aux différents responsables pour tenter d’avancer ensemble pour cette thérapeutique.

Après tant d’années de débat sur le don d’organes, quel est l’état des lieux actuellement au Maroc ?

La première transplantation rénale avec donneur vivant a été réalisée au Maroc en 1986, et à ce jour en 2023, le Maroc n’a pu effectuer que près de 620 transplantations rénales, dont 60 à partir de sujets en état de mort encéphalique, soit environ 17 greffes par million d’habitants et aucune greffe des autres organes vitaux. Ces chiffres sont dérisoires comparés à la demande. Si on veut avancer, on doit commencer par travailler sur les principales recommandations qui intéressent tous les aspects dont des amendements juridiques comme le registre de refus remplaçant le registre, les motivations morales et professionnelles des équipes de prélèvement et de transplantation d’organes et pourquoi pas créer un établissement de greffe.Plusieurs campagnes de sensibilisation ont été effectuées durant ces dernières années, pourtant on n’avance pas. D’après vous, qu’est-ce qui bloque ?Il est important de préciser que nous sommes la seule association qui milite pour l’essor du don d’organes et qui a à son actif près de vingt années de travail acharné, mettant chaque fois l’accent sur la souffrance permanente des patients dans le besoin et leurs familles et la nécessité de développer ce traitement.

La question qui s’impose et que «Reins» pose est : «Qu’est-ce qui bloque ?»

Le don d’organes est un don pour la vie, un acte de solidarité qui nécessite la mobilisation de toutes les composantes de la société marocaine, en particulier les professionnels de la santé et les responsables politiques, afin de contribuer à ancrer cette culture au sein de la société

marocaine.

Enfin, comment rassurer les citoyens qui souhaitent faire don de leurs organes, mais qui ont quelques craintes ? Et rappelez-nous la procédure à suivre ?

L’activité du don et de la transplantation est actuellement considérée comme une pratique médicale dont la morbidité et la mortalité pour le donneur sont minimes et donc acceptables, à condition d’effectuer un bilan médical permettant d’éliminer toute contre-indication au don. Au Maroc, elle est gérée par la loi n° 16-98 relative au don, au prélèvement et à la transplantation d’organes et de tissus humains et permettant ainsi la protection aussi bien du donneur que du receveur.

Pour s’inscrire sur le Registre du don d’organes, il suffit de se présenter au Tribunal de première instance de la ville de résidence, muni de la carte d’identité, et s’adresser au responsable du Registre du don puis remplir le formulaire et signer le registre qui sera par la suite validé par le juge en charge de ces dossiers.