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Traitement des varices : ASVAL est la technique la plus personnalisée, selon Dr Paul Pittaluga

Le traitement des varices a connu beaucoup de progrès ces dernières années. Ces affections, qui touche une femme sur deux d’après les spécialistes, peuvent être soulagées grâce à la méthode ASVAL. Dans cet entretien, Dr Paul Pittaluga, chirurgien vasculaire, explique cette méthode. Spécialisé dans le traitement des varices depuis 20 ans, le médecin partage aussi ses conseils pour y faire face.

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Le Matin : Vous avez évoqué à plusieurs reprises l’existence d’un traitement révolutionnaire des varices. De quoi s’agit-t-il ?

Paul Pittaluga : Il s’agit de la méthode ASVAL. Elle a pour particularité, par rapport aux autres méthodes de traitement des varices, de préserver la veine saphène (qui est la veine superficielle principale de drainage) en ne retirant que les branches malades sur lesquelles se sont développées les varices. A contrario, l'immense majorité des autres techniques, anciennes mais aussi plus modernes aujourd’hui proposées aux patients (laser, radiofréquence, colle, mousse...), sont basées sur la destruction de la veine saphène sur le principe que c’est la veine saphène qui est à l’origine des varices sur les branches, sur une théorie édictée depuis plus de 100 ans. Or, on a prouvé depuis presque 20 ans, grâce aux travaux de mon équipe et d’autres équipes, que l’évolution était inverse dans la grande majorité des cas et que le problème partait des petites branches en s’étendant vers la veine saphène. Ainsi le fait de ne retirer que les branches qui sont malades permet très souvent à la veine saphène de récupérer un fonctionnement efficace et de conserver ainsi son rôle majeur de drainage veineux. C’est l’inversion de ce paradigme expliquant la maladie variqueuse qui a été une révolution. Le gros apport innovant de l’ASVAL est aussi sa mini-invasivité avec une moindre agressivité sur le plan des suites post-opératoires, puisqu’elle se fait avec une technique très minutieuse, entraînant très peu ou pas d'hématomes. Il n’y a donc pas besoin de porter un bas de contention et il y a une reprise d'activité au quotidien quasi-immédiate. D'un point de vue esthétique, les micros-incisions réalisées permettent d'avoir un résultat cosmétique rapide et très satisfaisant. La veine saphène peut aussi être utilisée pour réaliser des pontages au niveau des artères des jambes ou du cœur (coronaires). Il serait pour autant faux de dire que cette méthode est imparable car la fragilité veineuse est héréditaire. La veine est présente dès la naissance chez les patients porteurs de varices ce qui les expose à une récidive des varices comme après tous les traitements proposés aujourd’hui. Mais l’ASVAL a l’avantage très important sur les autres techniques d’être beaucoup plus personnalisée pour chaque patient avec un traitement adapté à chaque cas particulier.

Est-ce accessible à tout le monde ?

Il y a de meilleures indications que d’autres, des cas où il y a plus de chances d’avoir un excellent résultat. C’est pourquoi avant la réalisation de la méthode ASVAL, il faut faire un bilan très précis avec un examen écho-Doppler en particulier qui permet d’apprécier le potentiel de récupération de le veine saphène, éléments clé pour savoir si la méthode ASVAL est réalisable ou si la saphène est trop abîmée et doit être supprimée. Avec un recul de près de 20 ans, on s’aperçoit que la veine saphène peut être préservée dans 80 à 90% des cas et qu’ainsi, on peut réaliser l’ASVAL chez la grande majorité des patients. La règle est d’essayer de traiter tôt la maladie variqueuse, de façon à éviter la dégradation du réseau veineux, et donc de permettre de préserver la veine principale, c’est-à-dire la veine saphène.

Quelles sont les principales causes des varices ?

Les varices sont des veines dilatées, allongées, devenues tortueuses, souvent inesthétiques, parfois douloureuses. Elles sont pathologiques car ne permettent plus au sang de remonter vers le cœur, au contraire, elle laisse retomber le sang vers les pieds par un phénomène de reflux, responsable d’une congestion du réseau veineux. A l’origine, la déformation de la veine en varice est liée à une faiblesse de la paroi de la veine, très probablement d’origine héréditaire. Cette déformation s’aggrave progressivement, accentuée par certains facteurs de risques : piétinement professionnel ou de la vie quotidienne, prise de poids, grossesse, chaleur, sports à risques, etc...

A quelle période de la vie sommes-nous le plus exposés ?

Les varices peuvent apparaitre à tout âge, mais plus on prend de l’âge, plus le risque est important du fait de la fragilisation des veines avec le vieillissement. L’effet des hormones féminines (œstrogène et progestérone) expliquent également pourquoi les varices apparaissent souvent au moment d’une grossesse. C'est une affection qui est très fréquente et qui peut être handicapante et douloureuse. Au cours de sa vie, une personne sur 2 risque d'être touchée par des varices de façon plus ou moins importante.

Quels sont les principaux symptômes ?

Les symptômes les plus fréquents sont les lourdeurs de jambes, des sensations de pesanteur, de fatigue, l’existence de veines douloureuses, mais aussi parfois des démangeaisons, des crampes nocturnes ou des impatiences. Les symptômes sont généralement plus importants en fin de journée (surtout si l’on a piétiné), durant l’été après exposition à la chaleur ou après une position assise prolongée (voyage assis par exemple). Le cycle hormonal (juste avant les règles) et les grossesses, peuvent également accentuer les symptômes dû à l’augmentation du taux d’hormones qu’elles comportent. Enfin, les symptômes sont à l’inverse améliorés par l’élévation des jambes, la marche, l’exercice physique et le froid (douche froide sur les jambes par exemple). Il faut savoir que 20 à 25% des patients porteurs de varices n’ont aucune gêne en dehors du fait que les varices sont visibles même si elles sont très volumineuses. Il s’agit presque toujours de personnes qui ont une activité physique régulière importante (marche, sport). Si on ne la traite pas, la congestion veineuse peut conduire à l’apparition d’œdèmes (gonflement des pieds, chevilles parfois des mollets) avec à long terme, l’apparition de dommages cutanés, puis la peau devient cartonnée, pigmentée et fragile conduisant dans les cas les plus graves, à l’ulcère cutané. La complication la plus fréquente qui peut apparaître dès le stade de simples varices est la phlébite superficielle ou « paraphlébite », due à l’apparition d’un caillot dans la veine qui n’est pas très grave si elle reste superficielle, mais menaçante si elle s’étend en profondeur (phlébite profonde avec risque d’embolie pulmonaire).

Quels sont les facteurs de risque ?

Le premier facteur de risque est l’hérédité. Les varices, c'est presque toujours un problème d'hérédité. Saviez-vous que quand un de vos deux parents a des varices, vous avez une chance sur 2 d'en avoir et que si vos deux parents sont touchés, vous avez 75% de chance d'avoir des varices au cours de votre vie ? Donc l'hérédité est centrale dans le développement des varices. Les facteurs de risques ajoutés sont : le vieillissement, la sédentarité ou l’absence d’exercice physique au quotidien, le piétinement professionnel ou de la vie quotidienne, la prise de poids, la grossesse et l’exposition régulière à la chaleur.

Comment minimiser ces facteurs de risque ?

Les éléments qui permettent de lutter contre ces facteurs de risque sont en miroir, l’activité physique, la pratique du sport, les activités les plus bénéfiques étant la marche la natation et le vélo. Le port de chaussettes ou bas de compression limitent l’effet du piétinement parfois inévitable. Le contrôle du poids et l’évitement d’exposition régulière et/ou prolongée à la chaleur restent importants.