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Bien qu’il constitue un enjeu majeur de santé publique à l’échelle mondiale, le suicide reste largement tabou au Maroc. Pourtant, sa jeunesse est particulièrement exposée aux souffrances psychiques et aux fragilités émotionnelles qui font le lit de ce phénomène néfaste. Pendant des années, des acteurs associatifs ont tenté de briser ce silence et d’alerter sur l’urgence de la prévention, à l’image de Sourire de Reda, qui a fini par mettre un terme à ses activités faute de moyens, révélant les limites de la prise en charge du sujet. Le drame survenu récemment dans un lycée à Témara, où une adolescente s’est donné la mort, agit comme un rappel brutal à une réalité que l’on a tendance à oublier ou à ignorer. Il révèle une détresse souvent invisible, difficile à repérer et plus encore à accompagner. Pour le psychologue social Mohammed Houbib, ce type de passage à l’acte ne peut être réduit à une cause unique, mais renvoie à un enchevêtrement de facteurs psychologiques, relationnels, scolaires et sociaux. De son côté, le Dʳ Mohammed Kahlaoui, psychiatre et psychothérapeute, y voit «un signal d’alerte majeur», rappelant que le geste suicidaire s’inscrit généralement dans un processus de souffrance profonde, longtemps imperceptible pour l’entourage. Au-delà de l’émotion, cette tragédie interroge la capacité collective à repérer les signes de détresse et à offrir aux jeunes des espaces d’écoute adaptés. Dans ce contexte, les deux experts s’accordent sur un point : l’école constitue un maillon central : elle doit permettre d’observer les changements chez les adolescents et de prévenir la détresse, en étroite collaboration avec les parents, comme le pense Mohammed Houbib. À travers ces regards croisés, les deux experts mettent en lumière l’urgence de structurer une véritable culture de la santé mentale en milieu scolaire, où l’accompagnement psychologique des enfants et des adolescents doit occuper une place essentielle.
Les récents cas de disparitions d’enfants, notamment celui de la petite Soundous à Chefchaouen et d’un nourrisson à Zagora, retrouvés morts après de longues recherches, ont profondément bouleversé l’opinion publique. Sur les réseaux sociaux, ces affaires ont donné lieu à une vague de vidéos virales, de rumeurs alarmistes et d’interprétations hâtives, amplifiant l’inquiétude de nombreux parents, malgré les clarifications régulières apportées par la DGSN (Direction générale de la Sûreté nationale) et les autorités locales. Une forme de «peur collective» semble ainsi s’être installée, gagnant progressivement les discussions entre parents. Mais ce climat d’angoisse ne touche pas seulement les adultes: il se transmet, par la force des choses, aux enfants. Exposés quotidiennement à des contenus alarmants et à des récits répétés sur les réseaux sociaux, ces «digital natives» voient leur perception du danger évoluer et leur sentiment de sécurité se fragiliser. À cela s’ajoutent parfois les réactions de certains parents qui, sous l’effet de la peur, multiplient à outrance les mises en garde et les restrictions. Sans toujours comprendre pleinement ce qui se passe, les enfants écoutent, appliquent et obéissent, tout en intégrant un sentiment d’insécurité difficile à décrypter pour eux. En effet, les spécialistes sont formels: «le risque psychologique ne dépend pas seulement de l’événement lui-même, mais aussi de la manière dont l’information circule et est interprétée par l’enfant et par les adultes qui l’entourent». Comment, dès lors, leur parler de ces drames sans nourrir davantage l’angoisse ? Et comment concilier vigilance et équilibre émotionnel au sein des familles ? Pour analyser ce phénomène, ses effets sur les enfants et les moyens d’informer sans traumatiser, «Le Matin» a sollicité l’éclairage de Mohammed Houbib, psychologue social.
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